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Des détournements de sens, au détriment de la santé des enfants

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La Société canadienne de pédiatrie (SCP) se contente-t-elle de relayer l'information d’organismes qui s’inscrivent dans la mouvance transaffirmative, comme Jeunes identités créatives? Ne devrait-elle pas plutôt encourager une médecine basée sur les faits, comme la Society for Evidence-Based Gender Medicine (SEGM)1?

Le 8 mars dernier, notre groupe faisait parvenir à la SCP une lettre2 dénonçant le vocabulaire idéologique et peu scientifique de sa page web « L’identité de genre »3. Après qu'elle se fut excusée par courriel4 de la mauvaise traduction de cette page et l’eut changée en supprimant les termes les plus idéologiquement orientés, voilà qu'elle a été de nouveau changée et que les détournements de sens, laissant sous-entendre que le sexe serait « assigné » à la naissance, sont de retour. Cette formule, d’apparence neutre, sert d'assise à la théorie de l’identité de genre, qui ne relève pas de la médecine, et dont les conséquences sont loin d’être anodines.

Nous ne pouvons croire qu’un médecin considère qu’il assigne un sexe au bébé, pas plus qu’il ne lui assigne un poids ou une taille. Il s’agit, dans tous les cas, de constater un certain nombre de faits sur une base objective, dans le cas du sexe, sur la base des organes sexuels du nouveau-né. Nous leur avons donc écrit pour demander les raisons de ce revirement, et nous leur avons proposé une rencontre de vive voix, ce qu’ils ont poliment refusé.

Le nœud du problème

La terminologie n'est pas un problème en soi, mais elle est révélatrice d’une idéologie et de l'approche privilégiée par la SCP et par les organismes qui la conseillent pour traiter les enfants qui s’identifient au sexe qui n’est pas le leur. Le nœud du problème, c’est qu'avec cette terminologie, il est possible de penser que la SCP privilégie la médecine transaffirmative, décrite par de plus en plus de médecins partout dans le monde comme une médecine expérimentale pratiquée sur de jeunes personnes vulnérables (un article de la revue médicale Medscape5, dont nous citons des extraits plus bas, est très révélateur à ce sujet). C’est un motif d’inquiétude bien légitime!

Les jeunes qui s’engagent dans cette avenue se voient prescrire des bloqueurs de puberté et poursuivent, dans presque tous les cas, par un traitement aux hormones du sexe opposé, dont les conséquences à long terme peuvent être graves (infertilité, ostéoporose, maladies cardiovasculaires, etc.). Dr Malone, professeur d'endocrinologie et l'un des cent médecins de la SEGM, explique ceci: « Si vous commencez les bloqueurs de puberté au stade 2 de Tanner (puberté précoce, comme recommandé), et que vous mettez ensuite ces enfants directement sous hormones intersexes, il est presque certain qu'ils seront infertiles, ainsi que de nombreux autres changements irréversibles. »

Une décision judiciaire rendue à Londres en décembre 2020 conclut d’ailleurs que les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent consentir à un tel traitement aux conséquences potentiellement graves, et dont certaines implications sont mal connues des médecins eux-mêmes.

Pour justifier l’approche transaffirmative dès le plus jeune âge, les risques de suicide sont souvent évoqués. Or, il n’existe aucune étude probante permettant de conclure à l’amélioration de la santé mentale à la suite d’une telle médicalisation, et des études récentes tendent même à prouver le contraire. À ce sujet, Dr Danuta Wasserman, professeure de psychiatrie à Stockholm et experte mondiale en matière de suicide, rappelle l’évidence: « On conseille toujours aux gens d'éviter de prendre des décisions qui changent leur vie lorsqu'ils sont déprimés, anxieux ou en deuil. Nous savons que de nombreuses personnes transgenres souffrent d'anxiété et de dépression profonde. De quelle aide ont-elles besoin? Les preuves montrent clairement, dans la prévention du suicide, que nous avons besoin d'une thérapie conversationnelle pour les jeunes avant, pendant et après la puberté. »

Une position insoutenable

La médecine transaffirmative pave le terrain pour faire des jeunes souffrant de dysphorie du genre des patients à vie. Pourtant, à l’époque où l’approche exploratoire neutre —dite d’attente vigilante— était le standard, entre 60 et 90% des enfants se réconciliaient avec leur sexe à l’âge adulte, et une grande partie d’entre eux se révélaient être gays6. Autrement dit, la SCP semble privilégier une approche one-size-fits-all7 qui, en pratique, serait la voie à suivre pour environ 20% de ces enfants. De plus, cette médecine s’appuie sur des données que les organismes indépendants qualifient de « pauvres ». Pour cette raison, des pays comme la Finlande privilégient maintenant l’approche psychologique pour traiter la dysphorie du genre chez les mineurs, et la Suède vient de mettre fin à l'utilisation des bloqueurs de puberté pour les moins de 16 ans8.

Pour résumer, à la lumière des données et des études disponibles, rien ne justifie l'adoption unilatérale de la médecine transaffirmative pour les mineurs, d’autant moins que le débat demeure intense au sein de la communauté médicale elle-même. Pourquoi, alors, la SCP endosse-t-elle publiquement une position idéologique plutôt que de présenter honnêtement l'état de la connaissance, les risques pour la santé et les nombreuses inconnues?

Que la SCP ne veuille pas poursuivre le dialogue avec nous, là n’est pas le problème. Ce qui l'est, par contre, c'est qu'elle se cache derrière de la pseudoscience et une terminologie fallacieuse. À l’instar de pays européens, il serait temps qu’ici, au Québec, les médecins acceptent d’ouvrir le débat sur les meilleures pratiques en matière de transidentité. Le tabou a assez duré. Il en va de la santé mentale et du bien-être des enfants.

Pour les droits des enfants du Québec,

Collectif de parents d’enfants inscrits dans le système scolaire québécois.

Philippe Blackburn

Cochise Brunet-Trait

Dominique Caron

Martin Côté

Shirley Christensen Côté

François Dugré

Philippe Dujardin

Nadia El-Mabrouk

Milène Girard

Jean-François Guay

Johanne Harvey

Christine Lauzon

Denis LeBlanc

Isabelle Legault

Yann Ménard

Guillaume Paradis

Olivia Pelka

Ginette Pelletier

Bertrand Plante

Sylvain Plourde

Christian Sabourin

Stéphane Tremblay

Clémence Trilling

Johanne Villeneuve


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