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Ils se tuent à l’ouvrage juste pour demeurer en vie

Des restaurateurs montréalais ont hâte de revoir leurs clients en salle à manger

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Contraints de servir une clientèle invisible, certains propriétaires de restaurant travaillent sept jours sur sept depuis un an pour des pinottes, souvent presque seuls, sans savoir encore quand prendra fin ce long calvaire.

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C’est quand la dernière fois que vous avez vu, en personne, votre restaurateur préféré ? Vous ennuyez-vous de lui ? Parce que le contraire, en tout cas, est probablement vrai. Pour ceux dont la vocation est de tenir un restaurant, le fait de ne plus voir ses clients attablés en chair et en os, de ne plus les entendre, s’avère contre nature.

« J’ai du mal à recruter du personnel parce que les employés me disent que travailler dans un restaurant vide pour remplir des boîtes de carton que les mêmes livreurs viennent prendre sans même te regarder dans les yeux, ce n’est pas ça leur métier », me confie Élise Bellerose, la propriétaire du bistrot végétalien Antidote, situé dans Hochelaga. 

Élise Bellerose, du bistrot Antidote, trouve que l’absence de clients sur place enlève son charme au resto.
Photo Martin Alarie
Élise Bellerose, du bistrot Antidote, trouve que l’absence de clients sur place enlève son charme au resto.

Quant au propriétaire du restaurant de cuisine méditerranéenne Au Tarot, sur le Plateau, Nouredine Kara, sa voix tremble d’émotion quand j’évoque le retour éventuel des clients dans sa salle à manger.  

  • Écoutez l'entrevue du vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l'Association restauration Québec, François Meunier, avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

Dire qu’il a hâte est un euphémisme : « Retrouver mes clients, c’est mon espoir ! C’est mon soleil ! » s’exclame celui qui travaille 13 heures par jour, sept jours sur sept, depuis plus d’un an... presque seul. 

« Je n’ai plus qu’un seul employé : mon livreur. Je suis chanceux de pouvoir compter sur une clientèle très fidèle qui continue de commander chez moi. Et j’ai au moins le plaisir de remettre en main propre les repas aux gens qui viennent le chercher ici. » 

Pendant qu’il me parle, Nouredine joue du torchon, en train de faire le ménage. À part la livraison, l’homme de 62 ans fait tout : accueil, cuisine, plonge, réception, etc. Certaines soirées particulièrement maigres lui rapportent à peine 200 $.

Tracasseries 

Pour un homme affable comme M. Kara, la salle à manger fantôme est un supplice psychologique qui sape le bonheur de travailler. 

« J’ai toujours été un grand bosseur, une fourmi, mais récemment, quand, malgré mes maigres revenus, je me suis mis à recevoir une pluie de factures, j’ai paniqué », raconte-t-il.

Nouredine Kara, du restaurant Au Tarot, vit difficilement le vide de la salle à manger et la baisse draconienne de son chiffre d’affaires.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Nouredine Kara, du restaurant Au Tarot, vit difficilement le vide de la salle à manger et la baisse draconienne de son chiffre d’affaires.

Sa santé est altérée. Il m’énumère ses ennuis : fatigue, anxiété, apnée du sommeil, crises d’angoisse, asthme, etc. 

Il l’admet, il est au bout du rouleau... et seule la perspective d’une réouverture, après diffusion du vaccin, le tient debout.

« Je peux comprendre les restaurateurs qui capotent parce que c’est complexe d’aller chercher l’argent en plus du temps qu’on met pour faire rouler son restaurant. J’ai la chance d’avoir un comptable merveilleux qui comprend le gouvernement. Sans lui, j’aurais peut-être dû mettre la clef dans la porte », dit Mme Bellerose qui, elle-même, ne compte pas ses heures.

  • Écoutez la chronique du chef Danny St Pierre à QUB radio

Gageure sur l’avenir

Il faut des nerfs d’acier pour tenir le cap à la manière du restaurateur Éric Bieunais qui garde sa succursale du Lola Rosa de la Place des Arts ouverte malgré des pertes de milliers de dollars par mois.

Éric Bieunais garde sa succursale Lola Rosa de la Place des Arts ouverte, même s’il perd de l’argent.
Photo Martin Alarie
Éric Bieunais garde sa succursale Lola Rosa de la Place des Arts ouverte, même s’il perd de l’argent.

« Je fais le pari que mon restaurant deviendra profitable une fois que la crise sera résolue », m’explique-t-il. 

« Malgré ma hâte, j’espère une réouverture lorsque le vaccin nous aura assez immunisés pour reprendre nos activités presque normalement, je ne vois pas l’intérêt d’une demi-réouverture. »

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