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«King Dave»: superbe prestation d’Anglesh Major

«King Dave»: superbe prestation d’Anglesh Major
PHOTO COURTOISIE, Danny Taillon

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Alexandre Goyette avait reçu en 2005 le Masque de l’interprétation masculine pour sa prestation colossale dans la non moins puissante pièce King Dave. Son alter ego en 2021, Anglesh Major, recevrait aussi tous les lauriers pour l’incarnation du même personnage si le théâtre québécois était célébré comme jadis.

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King Dave revit sur les planches de Duceppe ces jours-ci, plus percutante, ébranlante et poignante que jamais, plus de 15 ans après sa création originale à La Licorne, avec un nouvel acteur, le très talentueux Anglesh Major, dans le rôle-titre.

Celui-ci porte avec aplomb, doigté, humour, hargne, confiance et émotion l’excellent texte qu’il a réécrit en collaboration avec l’auteur original, Alexandre Goyette, pour l’adapter à la réalité du tournant des années 2020. Souvenons-nous que King Dave avait aussi fait l’objet d’une adaptation au cinéma sous forme de long plan-séquence signé Podz, en 2016. L’œuvre fait désormais partie du folklore des scènes québécoises.

Le Théâtre Jean-Duceppe a ramené les représentations à 19h, à la suite du plus récent changement de couvre-feu à Montréal. D’une durée d’une heure quarante, sans entracte, la présentation est costaude, mais ne souffre pas de longueurs.

«King Dave»: superbe prestation d’Anglesh Major
PHOTO COURTOISIE/Danny Taillon

Jeunesse malmenée

King Dave, c’est le portrait d’une jeunesse malmenée, trop fragile pour la taille des écueils qui se dresse devant elle, et qui, émotion à fleur de peau aidant, réplique parfois à coups de bazooka aux mouches agaçantes que la vie envoie à l’âge de l’adolescence. Une jeunesse qui crâne et qui pavoise, qui se prend pour le nombril du monde, qui se jure invincible, qui se met les pieds dans les (parfois trop gros) plats, qui gaffe, qui souffre, qui se venge...

King Dave, c’est un garçon d’un âge encore à peu près tendre qui se fait embobiner, qui vole des radios d’auto, qui cause une altercation dans un bar, qui se met en tête de retrouver le goujat qui a osé toucher sa copine, qui rencontre une autre fille qu’il espère voir devenir son salut, mais qui, finalement, ne l’entraînera que plus bas... et qui s’enfonce, s’enlise, jusqu’à sombrer dans l’irréparable. Un garçon avec qui on ne peut s’empêcher de compatir, qui mêle candeur et arrogance.

Aujourd’hui, ce King Dave narré par un artiste afro-québécois est aussi un reflet des préoccupations liées au racisme systémique, à l’identité, aux tensions entre «Blacks et policiers» et autres manifestations d’intolérance, comme l’évoque le protagoniste. Il était évidemment fort pertinent de revisiter le propos de King Dave en y ajoutant cette perspective, essentielle à considérer en notre époque.

«King Dave»: superbe prestation d’Anglesh Major
PHOTO COURTOISIE/Danny Taillon

En 2021 comme en 2005, c’est le comédien principal qui fait la beauté du monologue qu’est King Dave. Tour à tour drôle, cinglant ou bouleversant, toujours attachant, Anglesh Major joue avec les intonations pour personnifier ça et là d’autres personnages et crache ses lignes comme si elles lui venaient du ventre, toujours entre deux «Man!» bien sentis. À croire que les tourments de Dave ont déjà été les siens, tant il brûle d’authenticité.

Avec ses ellipses au piano, ses déplacements erratiques évoquant le cerveau surchauffant de l’adolescence, son récit débité sans temps mort, la mise en scène de Christian Fortin, elle, se situe à mi-chemin entre le film d’ados et la fresque intimiste. Et nous fait inévitablement replonger dans les questionnements de notre adolescence, qu’elle ait été ou non tortueuse comme celle du «King».

King Dave tient l’affiche du Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 23 mai et partira en tournée à l’automne. Pour informations: duceppe.com/king-dave.

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