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Covid : vif débat mondial autour de levée des brevets sur les vaccins

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PARIS | Le soutien américain à une levée des brevets sur les vaccins contre la COVID-19 a suscité de l’intérêt à travers le monde mais certains comme les Européens parlent plutôt de discuter d’une telle mesure que de l’appuyer, tandis que l’industrie pharmaceutique freine des quatre fers.

La patronne de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Ngozi Okonjo-Iweala a ainsi «chaleureusement» salué jeudi l’annonce faite la veille à ce sujet par les États-Unis. Elle a dans le même temps encouragé l’Inde et l’Afrique du Sud, à l’origine de cette proposition destinée à accélérer la production et la distribution des vaccins, à rapidement présenter un texte révisé, plus acceptable par tous.

Emboîtant le pas au chef de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui avait parlé mercredi d’une «décision historique», un porte-parole des Nations unies s’est à son tour réjoui de cette initiative, qui «peut augmenter de manière importante l’approvisionnement du système Covax» de partage des vaccins avec les pays pauvres.

Tous s’exprimaient après les déclarations la représentante américaine au Commerce Katherine Tai, selon laquelle, «pour mettre fin à cette pandémie, (le gouvernement américain) soutient la levée» provisoire de ces brevets.

Et ce à un moment où l’Inde subit toujours une mortalité et une contagion record : 3 980 morts et 412 262 contaminations supplémentaires jeudi, avec un bilan total, que les experts jugent largement sous-évalué, de plus de 230 000 morts et 21 millions de cas.

Soutien russe, réserves allemandes

La Russie, qui vient d’homologuer le Spoutnik Light, son vaccin contre le coronavirus en une seule dose, «soutiendrait une telle approche», a assuré son président, Vladimir Poutine.

Jusqu’ici réticent, son homologue français Emmanuel Macron s’y est finalement également dit «tout à fait favorable».

Cependant que pour l’Union africaine, «l’histoire se souviendra de la décision prise par le gouvernement américain comme étant la bonne chose au bon moment pour combattre ce défi terrible».

Les réactions étaient toutefois plus nuancées du côté de l’Union européenne, jusqu’ici hostile à pareille initiative, mais qui s’est dite, par la voix de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, «prête à discuter de toute proposition qui s’attaquerait à la crise de façon efficace et pragmatique».

«La protection de la propriété intellectuelle est la source de l’innovation et doit continuer à l’avenir à le rester», a en revanche mis en garde Berlin.

Plus tranchante, la Suisse -où l’industrie pharmaceutique pèse lourd- a averti qu’une suspension de brevets ne ferait rien pour «un accès équitable, abordable et rapide aux vaccins, médicaments et produits de diagnostic contre la COVID-19».

Big Pharma vent debout

Pour l’heure, les brevets sont essentiellement détenus par des laboratoires américains globalement opposés à leur levée qui les priverait, selon eux, d’un retour sur des investissements coûteux.

L’annonce de Washington a d’ailleurs été qualifiée de «décevante» par la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (IFPMA), qui a déploré une «réponse simple mais fausse à un problème complexe».

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA), considère à ce sujet qu’une telle décision pourrait «davantage affaiblir les chaînes d’approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits».

Cela, a renchéri le laboratoire allemand BioNTech, n’aurait pas d’effet «à court et moyen termes» car la protection des brevets n’est pas le facteur limitant la production et l’approvisionnement de son vaccin mis au point avec l’américain Pfizer, dont le PDG Albert Bourla a dit à l’AFP n’être «pas du tout» en faveur d’une levée des brevets.

Conséquence immédiate, sa compagnie, ainsi que Moderna, un autre groupe américain, et BioNTech ont enregistré une baisse de plus ou moins 2% de leurs cours jeudi à New York.

La fracture se creuse

Parallèlement à ce vif débat, la fracture continue de se creuser entre les nations déshéritées, à la peine, et les pays riches, où les campagnes de vaccination - bientôt élargies aux États-Unis, au Canada et en Allemagne aux adolescents - permettent une levée progressive des restrictions.

Moderna a annoncé jeudi une efficacité de 96% de son vaccin contre la COVID-19 chez les 12-17 ans, selon de premiers résultats d’essais cliniques.

Les autorités indiennes ont pour leur part prévenu qu’il fallait se préparer à de «nouvelles vagues» épidémiques et les spécialistes pensent que le pire serait encore à venir, avec un pic atteint pas avant plusieurs semaines.

Au Danemark, en revanche, la situation épidémiologique est sous contrôle, au point que devaient rouvrir jeudi les cinémas, théâtres et centres de fitness sur présentation d’un «coronapas» - un passeport sanitaire certifiant d’un test négatif de moins de 72h, d’une vaccination ou d’une guérison récente de la COVID-19.

Non loin de là, en Suède, qui a suivi une stratégie moins stricte contre le virus, le million de cas détectés de la COVID-19, soit près de 10% de la population, a été dépassé, la plaçant à la deuxième place pour les nouvelles contaminations en Europe.

Ces inégalités se retrouvent aux Jeux olympiques de Tokyo : Pfizer et BioNTech ont promis de donner des vaccins aux participants, inégalement protégés selon les pays, «en vue de s’assurer que les membres des délégations participantes reçoivent leur deuxième dose avant leur arrivée à Tokyo».

Sur l’ensemble de la planète, la COVID-19 a fait plus de 3,2 millions de morts et contaminé plus de 155 millions de personnes depuis fin 2019, selon un bilan établi jeudi par l’AFP.

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