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Je vais m’ennuyer de Régis Labeaume

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Régis Labeaume a représenté l’archétype du leader fort et authentique

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Quelques jours après son soixante-cinquième anniversaire, Régis Labeaume annonce la fin de son parcours politique. Il aura donné beaucoup de leçons politiques, mais ajoutez celle-ci : partir au sommet, ne pas attendre de se faire montrer la porte.

Le maire de Québec est un personnage impressionnant. Il s’est lancé dans une campagne alors que les premiers sondages ne lui donnaient pas 5 %. Il avait une chose à offrir : un Régis Labeaume entier, pour le meilleur et pour le pire. 

Rapidement, les gens de Québec ont été séduits par le personnage. Un leader taillé d’un bloc qui dit ce qu’il pense, qui n’a peur de rien et qui semble immunisé face au désir de plaire, si naturel en politique. Labeaume est sans compromis, une personnalité à prendre ou à laisser.

Tous les partis et tous les stratèges ont poussé le concept du politicien « authentique ». La réalité, c’est que la plupart ont des convictions sincères et une démarche qu’on peut qualifier d’authentique. Néanmoins, ils feront quelques contorsions pour éviter de déplaire. C’est là que Régis Labeaume tranche. Il nomme les choses, crûment s’il le faut. Il exprime son point de vue, même si cela écorche.

Québec en 2021

Régis Labeaume aura marqué par son style unique. Par-delà la forme, il est d’abord un homme d’action. Ses années à la mairie auront laissé une trace durable sur la capitale. Québec n’est plus seulement une ville d’administration publique et un joyau touristique. Québec trône au sommet des villes les plus prospères du Canada.

Le virage économique de la capitale était amorcé avant l’arrivée de monsieur Labeaume, mais ce maire ambitieux, audacieux et issu lui-même du secteur privé a renforcé la position de leader de Québec. Il aura aussi consolidé définitivement la ville fusionnée. Un succès. 

Le Centre Vidéotron et le tramway s’ajouteront au bilan à titre d’infrastructures publiques majeures. D’ailleurs, dans ce dossier du transport structurant, sa personnalité combative s’est exprimée. Il a retardé l’annonce de son départ, déterminé à tenir ferme le gouvernail tant et aussi longtemps que son projet n’en serait pas à une étape irréversible. Il a fait le compromis nécessaire, à minuit moins une, et il finit sur une victoire majeure.

Labeaume fut plus qu’un maire. Il s’est inscrit dans l’esprit de tous les Québécois comme un leader d’exception. Nous aurions tous été curieux de le voir faire un saut sur une autre scène que le municipal. Des gens de tout le Québec auraient spontanément voté pour lui. 

Très dur

Aussi résilient et opiniâtre que soit Régis Labeaume, il part en rappelant à quel point la politique est dure ces années-ci. Du point de vue personnel, les dernières années l’ont mis à rude épreuve. Imaginez la difficulté de vivre le deuil, la maladie, la séparation, lorsqu’on est engagé à être à 100 % au service de la population. Les attentats de la mosquée et de l’Halloween l’ont aussi grugé. 

Il se déclare dû pour du repos. Mérité. Je vais m’ennuyer du personnage. Un vrai leader.