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Monsieur le maire, vous nous manquerez!

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Après quatre mandats à la mairie de Québec, Régis Labeaume annonçait mercredi qu’il ne se représenterait pas pour un cinquième. Aucun « plan de carrière » ne l’attend, jure-t-il. 

À court terme, sa seule ambition est de « dormir » – sa nouvelle obsession, confesse-t-il. Le guerrier rêve de se reposer. Enfin. On s’y attendait tout de même un peu. Les indices se multipliaient depuis des mois.

Et pourtant, il nous manquera. Le maire à la langue décomplexée et parfois trop abrasive aura néanmoins réussi, au fil de ses treize ans au pouvoir, à se transformer pour le mieux. Un exploit en soi.

Peu à peu, le maire des débuts – ultra populiste, rustre, chauvin et désagréable à souhait – s’est adouci. Cet homme nettement plus complexe qu’on l’eût cru s’est révélé être un humaniste sincère. Un amant de la culture. 

Un défenseur convaincu du « vivre ensemble » et surtout, un amoureux fini de « sa » ville – la capitale nationale. En point de presse, il ne s’en est pas caché : Québec, « je l’ai dans la peau ». Et avec raison.

Homme de pouvoir

« Sa » ville, il aura su la rendre plus accueillante que jamais – même pour les Montréalais ! « Sa » ville, qu’il décrivait mercredi sans hésitation comme étant « monoculturelle », il l’aura ouverte bien plus encore sur le monde. 

Homme de pouvoir jusqu’au bout des ongles, Régis Labeaume s’est imposé auprès des paliers fédéral et provincial. Sous son influence, les villes du Québec, dont la métropole, en ont toutes profité.

Forgé aussi par les épreuves comme nous le sommes tous dans nos vies, le maire Labeaume s’est montré un véritable homme de cœur. Son diagnostic d’un cancer en 2019, il en est sorti plus conscient du temps qui passe trop vite. 

En 2017, aux côtés de ses citoyens endeuillés, il fut profondément marqué par la tuerie à la mosquée de Québec. L’horreur et la haine pouvaient donc frapper une ville aussi paisible. 

L’automne dernier, le soir de l’Halloween et en pleine pandémie, sous la main d’un tueur armé d’un sabre, l’horreur frappa à nouveau. Cette fois-là, dans le Vieux-Québec.

Savoir quand partir

Malgré la douleur, chaque fois Régis Labeaume a su trouver les mots justes pour rassurer sa population. À la fois maire et consolateur, il s’est montré protecteur et attentif aux séquelles possibles pour les survivants.

De toute évidence, celui ou celle qui, aux prochaines élections municipales, lui succédera aura de très grands souliers à chausser. Tant sur le plan humain que sur le plan politique.

Trônant au sommet des sondages, Régis Labeaume aurait pu pourtant s’accrocher pour un 5e mandat. Sa réélection était pour ainsi dire coulée dans le béton. 

Or, on mesure également l’étoffe d’une femme ou d’un homme politique, à sa capacité de partir au bon moment. Difficile en effet de savoir partir avant que l’amour des électeurs, pour s’inspirer de la chanson d’Aznavour, ne soit desservi. 

Comme on le sait, chez les gens de pouvoir, ce talent est rarissime. En se préparant à prendre un repos bien mérité alors qu’il est au zénith de sa popularité, le maire Labeaume réussira même son départ. Chapeau !