/news/education
Navigation

Un CPE se sent floué par le gouvernement

L’établissement avait répondu présent pour participer à l’effort de guerre en mars

Stéphanie Dupuis
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Québec refuse d’accorder une subvention pour deux enfants lourdement handicapés à un CPE qu’il a lui-même désigné pour les travailleurs essentiels durant la première vague. 

« On a toujours été là, on a fait preuve d’une excessive souplesse, on s’est ajusté et adapté constamment. On a répondu présent et on a fait tout ce que le ministère [de la Famille] nous demandait. Le ministère, en contrepartie, demeure d’une rigidité incroyable et s’encarcane dans une bureaucratie incroyable », déplore la directrice du Centre de la petite enfance (CPE) Des Roseraies, Stéphanie Dupuis.

L’année dernière, en mars 2020, le CPE Des Roseraies, situé à Anjou, accueillait les enfants des travailleurs essentiels, alors que la province se mettait pour la première fois sur pause à cause du coronavirus.

Du fait de ce nouveau rôle, le CPE a alors accueilli Clément et Eloïse Girard, respectivement 5 ans et 6 ans, qui vivent avec une déficience intellectuelle sévère, de l’autisme, et qui sont non verbaux.

En raison de leur handicap, les deux enfants doivent chacun avoir une intervenante afin de participer aux mêmes activités que les autres enfants et, donc, de s’intégrer, explique leur père, Vincent Girard.

Besoins particuliers

Au début de la crise, l’établissement était « capable » de subvenir aux besoins des deux enfants, puisque le milieu était moins fréquenté, affirme la directrice.

« Après un moment, on a commencé à accueillir de nouveau nos enfants habituels et là, on n’était plus capable de donner une éducatrice par enfant [comme le médecin traitant des enfants le demande] », explique-t-elle. 

Cette dernière a donc été forcée d’embaucher à l’externe deux éducatrices pour Clément et Eloïse de juin à août. Avec un salaire d’environ 17 $ l’heure, Mme Dupuis estime avoir dépensé environ 17 000 $. Une somme qui n’était pas prévue au budget.

La directrice du CPE Des Roseraies a donc soumis deux demandes de subvention au ministère de la Famille. 

La première, soit l’allocation pour l’intégration d’un enfant handicapé (AIEH), a bien été octroyée à l’établissement.

Mais la deuxième, une subvention pour Mesure exceptionnelle de soutien (MES), a été refusée par le ministère de la Famille, explique Mme Dupuis.

Critères stricts

Selon cette dernière, pour y être admissible pour l’exercice financier 2020-2021, le CPE aurait dû faire une demande avant octobre 2019, soit plusieurs mois avant la pandémie, ou à l’automne 2020, mais Clément et Eloïse n’étaient plus au CPE.

Le ministère de la Famille, lui, se défend.

« Les normes prévues [au programme MES] sont très strictes et le ministre n’a pas le pouvoir d’y déroger. C’est un comité scientifique indépendant avec des professionnels de la santé qui détermine les enfants qui seront soutenus, ainsi que les montants attribués », explique Antoine de La Durantaye, attaché de presse du ministre Mathieu Lacombe.

« On était dans un contexte exceptionnel, dans un contexte de pandémie, on est tous sortis de notre canevas habituel et je m’attendais à être vraiment soutenue davantage par notre ministère », conclut Mme Dupuis.