Birmanie : le gouvernement de résistance classé « organisation terroriste »
La junte au pouvoir en Birmanie a annoncé samedi que le gouvernement de résistance birman, composé de députés déchus entrés dans la clandestinité, figurait désormais sur la liste des «organisations terroristes».
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Certains de ces députés, dont de nombreux membres de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, chassée du pouvoir par le coup d’État du 1er février, ont constitué un «gouvernement d’unité nationale» (GUN) pour résister à la junte.
Mercredi, ce gouvernement de résistance clandestin a annoncé la mise en place de sa propre «force de défense» destinée à lutter contre le régime des généraux et à protéger les civils contre la répression orchestrée par les militaires.
Samedi soir, la télévision d’État a annoncé que cette «force de défense du peuple» ainsi qu’un groupe intitulé Comité représentatif Pyidaungsu Hluttaw (CRPH), le terme birman signifiant parlement, faisaient désormais partie de la liste des «organisations terroristes».
«Nous demandons au peuple de ne pas [...] soutenir les actions terroristes ni d’apporter de l’aide aux activités terroristes du GUN et du CRPH qui menacent la sécurité du peuple», a déclaré la télévision.
Auparavant, la junte avait déclaré que le GUN et le CRPH étaient des «associations illégales» et qu’entrer en relation avec ces organisations s’apparentait à de la haute trahison.
Mais cette nouvelle classification en «organisation terroriste» signifie que quiconque communiquerait avec ses membres, y compris les journalistes, pourrait être poursuivi dans le cadre des lois antiterroristes.
L’Armée Arakan, un groupe insurgé qui a affronté l’armée dans l’État Rakhine, a été classée «organisation terroriste» en 2020. Un journaliste qui avait interviewé un responsable de cette organisation a été arrêté.
Bien qu’il ait été relâché peu après, le recours à la législation antiterroriste pour poursuivre les journalistes a fait redouter un tour de vis supplémentaire contre la presse.
Des dizaines de journalistes ont été arrêtés après le coup d’État, des médias ont fermé et des chaînes de télévision ont été privées de leur licence, ce qui a entraîné pour la Birmanie un véritable blackout sur l’information.
Le GUN espère à terme former une «armée d’union fédérale» qui réunirait les dissidents et les factions rebelles ethniques opposées à la junte.
Des villes aux zones rurales les plus reculées, la Birmanie est en ébullition depuis le putsch.
Face aux protestations, la répression de l’armée est sanglante. Près de 800 civils ont été tués par les forces de sécurité ces trois derniers mois.