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Le désir, pomme de discorde au sein des couples

Sylvie Lavallée
Photo courtoisie, Laurence Labat Sylvie Lavallée

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Pomme de discorde et source de problèmes au sein des couples, le désir est mis à rude épreuve pendant la pandémie de Covid-19. Sexologue, psychothérapeute et auteure de six livres, Sylvie Lavallée le constate dans son cabinet : les consultations ont grimpé en flèche et les pannes de désir, les incompréhensions et les problèmes sont monnaie courante. Elle explique les codes subtils et fragiles du désir dans son nouveau livre, Désirez-vous désirer ?.

En entrevue, Sylvie Lavallée confirme que bien des couples ont des difficultés ces derniers temps. « Je travaille comme jamais depuis un an. J’étais occupée avant, mais là, c’est un débordement. Depuis janvier, j’ai des délais que je n’ai jamais eus. Je commence à l’entendre, l’exaspération des gens : en plus, il y a la pandémie, en plus, on ne peut pas sortir, en plus, pis en plus... », dit-elle.

La sexologue explique qu’il y a une profonde pensée magique au sujet du désir. « Il est tellement tenu pour acquis... c’est insensé. Il y a un réel travail à faire pour se responsabiliser sur l’élan qu’on va avoir vers l’autre. »

Dans le livre, elle s’est donné le défi de rendre concret quelque chose qui est abstrait. « Du désir, je ne peux pas en montrer, je ne peux pas l’encapsuler et dire : prenez ça deux fois par jour. C’est un état d’esprit. C’est une attitude. C’est une intention. Et c’est une façon de ponctuer l’amour. Il y a quelque chose qu’on ressent dans l’amour, mais par le désir, on l’exprime. On le montre par le ton, le regard, les comportements, la présence. »

La sexologue travaille ces points précis avec les gens qui osent la consulter dans son cabinet privé. « Ça prend du courage pour consulter. Les gens s’attendent à ce que je leur donne des trucs et des conseils. »

Elle les invite à réfléchir. « Il y en a qui ne sont pas contents et qui tombent des nues : ah, OK, ouain, j’ai de la job à faire... Je me suis négligé, j’ai négligé ma relation, ou je suis trop anxieux, ou je suis surmené par ma parentalité. Ils voient qu’il y a plein de choses à faire. »

La baisse de désir est un peu comme un avertisseur, sur un tableau de bord, indiquant que quelque chose cloche, ajoute-t-elle. « C’est un signe : qu’est-ce qui ne me réjouit plus dans ma vie ? Qu’est-ce qui manque à ma vie ? »

Perdre la tête

Sylvie Lavallée, dans son livre, parle aussi du désir qui fait perdre la tête, qui fait perdre le contrôle. « Je travaille beaucoup sur le sujet de l’infidélité : 95 % de mes demandes cliniques tournent autour des trahisons amoureuses. C’est clair que c’est parce qu’il y a eu une zone où on a perdu la tête. »

Les femmes qui la consultent, par exemple, lui font remarquer que l’homme qui les a attirées n’était pas plus beau que leur conjoint, mais avait quelque chose de plus. « Il avait tout le reste : le magnétisme, quelque chose de plus emballant, une meilleure qualité d’attention, une valorisation, plus de considération, plus de nourriture affective. »

La surcharge mentale

Avec le confinement, la réalité du quotidien, le télétravail, les enfants à l’école/pas à l’école, les responsabilités, la peur du virus, les tâches domestiques, la surcharge mentale : les irritants sont nombreux. 

« Les couples qui allaient très bien avant la pandémie passent mieux au travers. Il y en a qui vont se réjouir, parce qu’ils ont plus de temps pour l’intimité, pour faire des activités ensemble, pour faire des marches ensemble. Et il y a tous les autres. » 

  • Sylvie Lavallée est titulaire d’une maîtrise en sexologie clinique. 
  • Elle est sexologue et psychothérapeute depuis plus de 23 ans. 
  • Elle est membre de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec et détient un permis de psychothérapie. 
  • Elle travaille en cabinet privé.  

EXTRAIT 

Désirez-vous désirer ?<br/>
Sylvie Lavallée<br/>
Éd. Robert Laffont<br/>
320 pages
Photo courtoisie
Désirez-vous désirer ?
Sylvie Lavallée
Éd. Robert Laffont
320 pages

« Croire que notre partenaire pense comme nous, prévoit la même chose que nous, agit comme nous et sait exactement ce qui se passe en nous, et espérer du même souffle qu’il nous surprenne et nous étonne : la vie rêvée ! La vie cinématographique, scénarisée ! Imaginer que notre partenaire comprend, décode et devine. Et aime inconditionnellement. Que nous pouvons tout partager : nos valeurs, principes, croyances, notre vécu sexuel, notre historique amoureux, chacune des manifestations de notre désir. »