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Régis Labeaume se sent libéré

Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»
Photo Didier Debusschère Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»

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Depuis qu’il a annoncé son départ de la politique, mercredi, Régis Labeaume se sent libéré et également privilégié d’assister à un concert d’éloges qui est normalement réservé aux défunts. 

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«Depuis hier, je regarde ça et on dirait que je suis mort moi là, lance-t-il en riant. J’assiste à mon éloge funèbre en temps réel [...] Je suis complètement dépassé. Je ne suis pas fou, je savais que ça allait faire un peu de bruit, mais là... Je ne sais pas quoi dire. Je suis vraiment choyé [...] Quel bonheur!»

Le maire a reçu depuis mercredi une foule de messages de personnalités qu’il a côtoyées durant sa carrière de politicien. De Stephen Harper à Justin Trudeau, en passant par Guy Lafleur, Jean Charest, François Legault et bien d’autres : il a été inondé de bons mots. 

Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»
Photo Didier Debusschère

«Il y en a quelques-uns qui t’aiment et qui te l’avaient pas dit, et qui là osent le dire. Et finalement, ce maudit caractère, alors qu’il a bien des défauts, il vire quasiment en qualité. C’est le bout qui m’étonne.»

Pas de larmes

Au moment de faire son annonce, avec un discours sur lequel il avait travaillé pendant des semaines, Régis Labeaume ne ressentait aucun stress. 

Habituellement très émotif, il n’a pas senti monter les larmes. Il y avait longuement réfléchi depuis quatre ans. Il était prêt. C’est aussi ce sentiment de légèreté et de libération qui se dégage de ce qui pourrait être sa dernière entrevue éditoriale avec Le Journal.

Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»
Photo Didier Debusschère

«J’avais peur de pleurer, je suis braillard [...], mais non. J’étais fébrile dans les jours avant, mais là j’étais sans stress, en pleine possession de mes moyens.»

Le maire souligne qu’il n’a jamais menti au sujet de son possible retour. Il ne pouvait tout simplement pas s’ouvrir afin de ne pas perdre son poids politique, d’autant moins avec la négociation difficile qui s’est dessinée dans le dossier du tramway. 

«Je ne faisais plus confiance à personne», glisse-t-il, ajoutant qu’il était le gardien du processus et de l’appel de propositions. Pour s’assurer de régler la situation, il se devait d’aller jusqu’à «l’extrême limite». Il n’avait pas d’autre choix.

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Photo Didier Debusschère

Cancer et réflexion

Sa décision était donc prise depuis le début 2017, soit bien avant qu’un cancer de la prostate ne vienne l’affecter, en 2019. «Mais quand ça t’arrive, tu prends la mesure du temps [...] Tu réfléchis encore plus.»

Régis Labeaume n’est toujours pas en rémission, laquelle survient après cinq ans. Il passe des tests tous les trois mois, et tout va très bien. Il n’a pas peur et ne s’inquiète pas non plus. «Depuis mon opération, je ne me suis pas rasé, j’ai une voix rauque, je ne sais pas pourquoi, et je ne porte plus de montre, peut-être parce que je ne veux plus voir le temps s’écouler.»

Et puis, il a vu son père, atteint d’un cancer lui aussi, agoniser pendant des mois. «Tu te dis voyons donc, si c’est pour m’arriver! J’ai toutes les chances d’être heureux dans le dernier bout de ma vie, je suis privilégié. Come on

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Photo Didier Debusschère

Régis Labeaume aurait également pu faire le choix de revenir pour une partie du mandat afin de participer à la mise en chantier du tramway. Il ne pouvait toutefois se résoudre à agir de la sorte. 

Lors de son annonce, le maire a évoqué la chape de plomb qui lui pesait. Il l’évoque de nouveau. «Ce métier-là n’a jamais été un party pour moi. J’ai pas fait de jet-set, j’ai jamais vécu de même, j’ai vécu pour bâtir et je voulais me réaliser. Mais tu te mets beaucoup de poids sur les épaules et c’est ça, la chape de plomb.»

Régis Labeaume affirme avoir été éduqué pour être porté sur la tâche. «D’où je viens, il fallait que tu travailles fort et que ça marche.»

Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»
Photo Didier Debusschère

Dauphine et corruption

Puis, il n’a pas l’intention de revenir pour «jouer au beau-père». Néanmoins, il souligne qu’il aura toujours un droit de parole et qu’il n’est pas mort, même s’il ne se présente pas. «Ça se peut de critiquer, mais si quelqu’un dit des conneries sur mon bilan, avertit-il, je vais me défendre.» 

La semaine prochaine, M. Labeaume présentera son dauphin ou sa dauphine, ce qu’il refuse de confirmer. Il s’agirait de Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif. «Je vais dire aux gens : moi je pense que cette personne-là est la bonne pour être mairesse de Québec, et maintenant faites votre choix.»

Pendant 14 ans, Régis Labeaume a entendu deux choses de la part des gens de Québec : «Ne lâchez pas», et «Québec est sur la map». «C’est ce que les gens de Québec veulent, ils sont fiers, et ils sont reconnaissants.»
Photo Didier Debusschère

Il entend ensuite se retirer pour la campagne, à moins que sa présence soit souhaitée ou que des faussetés soient véhiculées sur son compte. «Mon objectif, c’est de tenter de m’effacer.» 

Puis, sans dire à qui il fait référence, Régis Labeaume n’a pas l’intention de laisser les «vieux patroneux de Québec» s’emparer de la ville, «les deux mains dans le plat de bonbons». «C’est pas vrai que la corruption va rentrer à l’hôtel de ville. Eux autres ils vont me trouver sur leur chemin.» Le message est lancé. 


TRAMWAY À L’ABRI

Concernant le tramway, Régis Labeaume ne s’inquiète pas pour la suite. «On en a pour quatre milliards de projets immobiliers le long du tracé, alors le modèle se vérifie et ce qu’on avait prévu arrive», évoque-t-il. Il ne s’en fait pas non plus avec le fait que Jean-François Gosselin, candidat à la mairie, promet de mettre la hache dans le projet s’il est élu. Ce genre de position va, selon lui, faire en sorte de cristalliser le débat et les intentions de vote aussi pour ceux qui sont en faveur du projet. «Ce qu’il propose, dit-il, c’est le chaos : un chaos financier et budgétaire, et après le chaos qu’on vit depuis un an avec la pandémie, les gens n’ont pas envie de ça. Le monde n’est pas là, il a besoin qu’on prenne soin d’eux autres.»  


SA RELATION AVEC LEGAULT

Régis Labeaume en convient, il avait des atomes crochus avec l’ancien premier ministre Jean Charest, qui l’a bien fait rire. Mais il n’a aussi que de bons mots pour François Legault et ne lui en veut pas pour la difficile négociation ayant entouré le tramway. «C’est pas un gars que t’haïs, François Legault. C’est un bon gars, c’est une bonne nature. Ça me fatiguait et ça me fâchait, mais c’est le résultat qui compte. J’ai juste le goût de voir le bon côté des choses.» 


BONS ET MOINS BONS COUPS

La base des choses, c’est de se donner les moyens et d’avoir une vision, et Régis Labeaume estime avoir atteint cet objectif en fixant un cadre financier qui lui a donné la liberté de bâtir sans attendre après les gouvernements. «Ça donne de la marge de manœuvre [...] Il faut absolument que ça reste», dit-il. Il souhaitait faire de Québec la ville la plus attrayante au pays, sur tous les plans, et estime avoir réussi. En revanche, il regrette de ne pas avoir parlé plus tôt de vivre-ensemble et de lutte contre le racisme.