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Une ère de pénurie amenée par la pandémie

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Photo AFP La pandémie a provoqué de très nombreuses ruptures de stock, des pénuries aux immenses impacts. Le manque de puces électroniques a, par exemple, conduit à la fermeture temporaire d’usines automobiles dans toutes les régions du monde.

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On nous promet que le retour à la « normale » est pour bientôt. Il faudrait plutôt parler de la nouvelle normalité. L’après-COVID-19 sera différent, et il faudra être patient. 

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La pandémie a provoqué une crise économique vraiment particulière. Il y a un an, le premier confinement a généré un choc de la demande classique, avec des pertes d’emplois historiques. Qui allait s’acheter une nouvelle voiture après avoir perdu son gagne-pain ?

Très rapidement, la situation s’est inversée. Avec la reprise rapide et les milliards injectés par les gouvernements, on a créé un choc de l’offre qui s’intensifie tous les jours.  

Nous vivons actuellement l’ère des pénuries. De la toile de piscine aux engrais agricoles, en passant par les véhicules et les matériaux de construction ; les ruptures de stock se multiplient. Trois raisons principales expliquent pourquoi l’offre n’arrive pas à répondre à la demande.  

Productivité

D’abord, il ne faut pas sous-estimer les pertes de productivité causées par la crise sanitaire dans nos milieux de travail. L’organisation des opérations s’est adaptée à la distanciation, aux nettoyages intensifs et aux gestes barrières. Avec la fermeture des écoles, des milliers de parents doivent s’absenter du travail. 

On produit donc moins, et plus lentement. 

La pénurie de main-d’œuvre s’est aussi aggravée. Le Québec a accueilli environ la moitié moins d’immigrants travailleurs l’an dernier.  

Après une période d’enthousiasme presque béat, les limites du télétravail se font aussi ressentir. Bien des dossiers qui se réglaient auparavant en cinq minutes autour de la machine à café siphonnent aujourd’hui plus d’une heure sur Teams ou sur Zoom. 

Faillites 

Deuxièmement, les gouvernements ont déversé des milliards de fonds publics pour maintenir à flot nos entreprises, coûte que coûte. Même les compagnies insolvables, vouées à la faillite, ont bénéficié d’un sursis. Au beau milieu de la pire récession, le nombre de faillites d’entreprises a atteint un creux jamais vu en 20 ans au pays. 

Le retour du balancier pourrait être brutal. Une fois les généreux (et nécessaires) programmes gouvernementaux épuisés, on doit se préparer à une vague de fermetures qui pourrait à nouveau affecter les chaînes d’approvisionnement, en aggravant les pénuries que l’on connaît. 

Mondialisation 

Troisièmement, pour que la mondialisation fonctionne, une règle essentielle doit être respectée : il faut garder les frontières ouvertes. La pandémie aura forcé nos gouvernements, même les plus réticents, à transgresser cette règle. 

Les blocages locaux, le manque de conteneurs pour transporter la marchandise et la montée du protectionnisme sont autant de facteurs qui ont précipité un ralentissement des chaînes d’approvisionnement. 

Prenons l’exemple du secteur automobile. On manque de pièces et de puces, car les usines ont tourné au ralenti. On manque de conteneurs pour transporter ces pièces vers les usines d’assemblage. Ces dernières doivent fermer temporairement, faute de pièces pour produire des véhicules. 

Le problème est tellement majeur, que Taïwan, un important producteur de puces électroniques, a négocié ses précieuses pièces contre des vaccins avec l’Allemagne ! Les Taïwanais voulaient des doses de Pfizer en échange de pièces pour que les Allemands assemblent leurs Volkswagen Jetta et leurs Golf. 

Facture

Au bout de la ligne, ce sont les consommateurs qui vont devoir être patients. Ils attendront avant de se baigner dans leur piscine, de conduire leur Jetta ou de souper sur leur nouvelle terrasse en bois. 

Dans l’après-COVID-19, ces ruptures deviendront un frein au développement économique. Plusieurs observateurs y voient un phénomène « passager », qui se résorbera d’ici quelques mois. C’est à suivre ! On nous promet un retour à la normale qui n’aura, j’ai l’impression, rien de normal. 


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