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Le puzzle de la recherche génétique

WEEKEND 0508 Livres
L'aventure de la génétique humaine / Jean Be
Photo courtoisie L’aventure de la génétique humaine
Jean Bergeron
Éditions Somme toute

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Hier, science-fiction, aujourd’hui, réalité... on n’arrête pas le progrès. Lorsqu’on pense à des manipulations génétiques, on a aussitôt en tête Frankenstein, le personnage maléfique et monstrueux inventé par l’écrivaine anglaise Mary Shelly, au dix-neuvième siècle. Un pur produit de laboratoire. Dans un ouvrage qui vient de paraître, Jean Bergeron, qui est professeur et vulgarisateur scientifique, fait le point, dans une vingtaine de courts chapitres, sur la recherche génétique aujourd’hui, des organismes génétiquement modifiés (OGM) au clonage d’humains, en passant par le dépistage de maladies génétiques et les nouvelles techniques de fertilisation. 

D’emblée, l’auteur précise que « l’état actuel de la génétique humaine a de quoi donner des frissons ». Il distingue trois types de recherche : fondamentale, plus abstraite ; appliquée, qui vise des résultats concrets (dans le domaine médical, par exemple) ; et militaire, qui se passe de commentaire (pensons, par exemple, aux insectes porteurs de germes empoisonnés ou d’une caméra microscopique).

Heureusement, on n’a pas affaire, en règle générale, à des savants fous œuvrant à partir d’obscurs laboratoires clandestins et cherchant à reproduire des clones dangereux. Le gros des recherches actuelles vise surtout l’amélioration de nos conditions de vie. Comment parvenir à reproduire un œil pour le greffer chez un humain atteint de cécité accidentelle ou de la moelle épinière pour éviter une paralysie à vie, par exemple ? 

D’où l’utilisation d’animaux de laboratoire pour cloner ou modifier génétiquement certaines espèces, dans le but de pouvoir régénérer ou reproduire des organes ou des tissus endommagés par un accident ou la maladie. Ces expériences sur des animaux sont nécessaires, prévient Bergeron. « Nous ne faisons preuve de cruauté que s’ils souffrent inutilement. » Âmes sensibles s’abstenir. S’il fallait choisir entre la survie d’un proche et celle d’un animal, nous n’hésiterions aucunement, affirme le chercheur. 

Puis il poursuit : « On espère un jour pouvoir fabriquer directement des cellules réparatrices (les fameuses cellules souches) pour des organes comme le foie ou les poumons. Clonées à partir de l’ADN du patient, ces cellules réparatrices seraient parfaitement compatibles avec l’organe dans lequel elles seraient injectées. » Comment ne pas rêver à une guérison de différents types de cancer, au traitement de l’Alzheimer, du Parkinson, des séquelles d’un infarctus ou d’un AVC, pour ne mentionner que ces quelques cas précis ? Jusqu’ici, aucun problème d’ordre éthique ou moral.

Mais lorsqu’il s’agit de modifier la grande chaîne alimentaire, le beau rêve s’évanouit. Pourtant, affirme l’auteur, nous ne pourrons nous passer des OGM. « Nous sommes aujourd’hui près de huit milliards. Toutes ces nouvelles bouches à nourrir exigent un rendement agroalimentaire tout aussi exponentiel. Bonjour les OGM ! » Ainsi, vingt-six pour cent des champs de maïs en Amérique du Nord sont cultivés avec une semence transgénique. Impossible pour l’instant de connaître les impacts sur les autres cultures et les micro-organismes essentiels. La plus grande prudence s’impose, même s’il semble impossible pour l’instant de résister à l’implantation de cette nouvelle technologie, sans compter que des milliards de dollars sont en jeu.

La vie sur Terre, nous dit Bergeron, a mis quatre milliards d’années pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui. Ce fut une évolution extrêmement lente, « si lente qu’on ne la remarque (presque) pas de génération en génération ». Mais les progrès récents de la recherche génétique sont venus bousculer cette lente évolution des espèces, qui s’effectuait à tâtons, pourrait-on dire. Et c’est grâce, en partie, à notre curiosité, « une des plus belles qualités humaines », que notre espèce a pu évoluer et se développer. Curieux jusqu’à vouloir modifier le cours des choses, conjurer le mauvais sort et les maladies et allonger notre durée de vie sur Terre.

Bien sûr, il existera toujours le risque que la science soit détournée de ses nobles fins et que la création de virus serve d’armes biologiques. Mais « relâcher bêtement dans la nature une bactérie ou un virus modifié génétiquement pour lutter contre nos proches cousins mammifères pourrait nous faire perdre la partie pour de bon », avertit le chercheur. 

Finalement, conclut Bergeron en guise de boutade, « à part l’invention de la roue, l’humain s’est contenté de redécouvrir ce que la nature avait déjà découvert », tout en nous exhortant au plus grand respect de notre environnement. Captivant ! 

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LA RÉVOLUTION AGROÉCOLOGIQUE/NOURRIR TOUS LES HUMAINS SANS DÉTRUIRE LA PLANÈTE

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Pour Alain Olivier, les OGM ne sont pas une solution pour un meilleur rendement des semences. Il faut plutôt faire confiance au savoir-faire traditionnel de ceux qui cultivent la terre. Pour ce chercheur en agriculture, la situation est alarmante : « Épuisement des sols, érosion de la biodiversité, problèmes de santé liés aux pesticides, carences alimentaires chez des millions de personnes, sans compter l’endettement des paysans, la privatisation du vivant et la domination des géants de l’agrobusiness sur les semences et les réseaux de distribution alimentaire... » Faire confiance à la science n’est pas une panacée. Il est temps, affirme-t-il, de conjuguer agriculture et écologie, car la terre est à bout de souffle. 


RAVIVER LA DÉMOCRATIE/POUR UN PARTAGE ACCRU DU POUVOIR

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Geneviève Dorval-Douville, Kimberlee Desormeaux, Marc-André Ouellette
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Raviver la démocratie ? Pourquoi pas, puisque crise de confiance il y a, comme l’affirme Bernard Descôteaux en préface, puisque les citoyens sont de moins en moins nombreux à se prévaloir de leur droit de vote. Mais comment s’assurer que ceux qui veulent participer aux décisions qui nous concernent tous sont bien « des citoyens allumés et informés » ? Comment s’assurer qu’ils comprennent les enjeux ? (C’est moi qui pose la question). Cet ouvrage est pétri de bonnes intentions et rempli de vertueux conseils. On ne peut être contre la vertu. Mais la démocratie est un mot-valise, et, comme le disait Pascal : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Et pourquoi ne pas inviter Montaigne à la discussion : « Chacun appelle barbare ce qui n’est pas de son usage. » À méditer...