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Serge Bouchard: un redoutable communicateur

Serge Bouchard
Photo d’archives Brillant anthropologue, écrivain prolifique, transmetteur passionné des savoirs vitaux, Serge Bouchard était avant tout un redoutable communicateur.

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Hier, la nouvelle a frappé dur. Serge Bouchard s’est éteint à l’âge de 73 ans. Une grande voix. Un esprit et un humour raffinés. Un amant fou de la vie. Une présence essentielle. C’est une très grande peine de le voir partir aussi tôt.

Sur les ondes de la radio de Radio-Canada, Serge Bouchard nous aura longtemps accompagnés de ses histoires fascinantes sur l’Amérique. Cette même Amérique dans laquelle le Québec et les nations autochtones, qu’il aimait d’amour, sont si profondément ancrés.

Serge Bouchard, sa voix d’or, enveloppante, rassurante. Combien de fois elle m’a bercée. À la maison ou dans une autre vie, sur la route vers la campagne.

Les fenêtres de la voiture grandes ouvertes au gré du vent, nous écoutions religieusement son émission Les chemins de travers. Dans la nature apaisée, sa voix envoûtante virevoltait jusqu’aux étoiles.

Brillant anthropologue, écrivain prolifique, transmetteur passionné des savoirs vitaux, Serge Bouchard était un redoutable communicateur. Toutes tribunes confondues, il savait les occuper de main de maître.

Un homme bienveillant

Mon admiration pour Serge Bouchard remonte à loin. Le 31 mars, je consacrais d’ailleurs une chronique à son dernier livre d’une longue lignée : Un café avec Marie.

Je confiais y avoir trouvé une lumière intérieure qui, dans cette pandémie usante, m’aide tard le soir à calmer mes angoisses covidiennes.

Marie, avec qui il prenait son café tous les matins dans la reconnaissance de leur amour partagé, était sa compagne depuis plus de vingt ans. Marie-Christine Lévesque, éditrice renommée, formidable écrivaine, sa complice adorée, mère de leur fille Lou.

Lou – leur « petit bouddha », leur « petit paquet d’amour », racontait-il, qu’ils ont rapatriée ensemble de l’orphelinat de Changsha. « Avoir des enfants, adopter un enfant, écrivait-il, c’est avant tout créer un monde. »

Marie est décédée l’an dernier à 61 ans d’un cancer brutal. Avant de rencontrer Marie, Serge Bouchard avait déjà perdu sa première conjointe, Ginette, elle aussi emportée par le cancer.

L’amour à la vie à la mort

Comme quoi, l’amour à la vie à la mort, la maladie, la souffrance, l’accompagnement des derniers jours sur terre, les deuils qui s’accrochent longtemps dans les fleurs d’un cœur blessé – Serge Bouchard les aura tous trop bien connus.

Le proche aidant – le proche aimant en lui – en parlait de très longue expérience. Il en aura aidé plusieurs, souvent sans le savoir, à traverser leur propre tempête, avant ou après le moment venu de dire adieu à l’être aimé.

D’où la cruauté de la pandémie, qu’il constatait encore récemment. Cette cruauté capable d’empêcher des femmes et des hommes d’accompagner leurs proches, en chair et en os, jusqu’à leur dernier souffle.

Homme d’un courage tenace et lucide – une denrée rare –, il venait tout juste de se dire heureux de retrouver bientôt son micro magique des dimanches soirs, aux côtés de son collaborateur et grand ami, Jean-Philippe Pleau.

Nous aussi, nous l’attendions avec impatience. Tristement, il ne reviendra pas. La perte est immense, mais son œuvre lui survivra.

Dans Un café avec Marie, Serge Bouchard s’est fait prémonitoire : « Nous savons tous qu’un jour ou l’autre, le rideau tombera. Mais en attendant, répétons. Chaque matin nouveau est encore plus précieux que celui d’hier, appelons cela, avec Romain Gary, “la promesse de l’aube” ».

Toutes nos condoléances à ses proches.