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Le parti du Grand Mensonge

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Photo AFP Liz Cheney s’adresse aux journalistes après que les républicains de la Chambre ont voté pour la destituer de son poste de numéro trois du groupe parlementaire hier à Washington, DC.

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Pourquoi Joe Biden devrait-il se plier en quatre pour faire des concessions à un parti qui ne reconnaît même pas la légalité de son élection ?

Pour prospérer aujourd’hui dans le Parti républicain, il faut souscrire au Grand Mensonge de Donald Trump, selon qui l’élection de Joe Biden était illégale et frauduleuse.

C’est faux, bien sûr. Plus d’une cinquantaine de fois devant les tribunaux, Trump a été incapable de produire la moindre preuve de ses allégations.

Un parti gangrené

Le Parti républicain est incontestablement devenu un culte de la personnalité, où la profession de foi envers le Grand Mensonge de Trump est devenue plus importante que toute considération idéologique.

On l’a vu hier, lorsque la numéro trois républicaine à la Chambre des représentants, Liz Cheney, a perdu son poste au profit de la jeune représentante de Plattsburgh (NY), Elise Stefanik. Pourtant, Cheney a une feuille de route impeccablement conservatrice, alors que Stefanik a souvent voté contre ce courant idéologique.

Pour Stefanik et bien d’autres, il faut désormais se prosterner devant l’ex-président et répéter ses mensonges comme paroles d’évangile, même si Trump n’a jamais recueilli une majorité d’appuis populaires, même s’il a subi deux impeachments, même s’il a fait perdre la Chambre et le Sénat au parti, et même s’il est encore l’objet d’enquêtes et de poursuites civiles ou criminelles.

L’ancien président conserve une emprise telle sur ses indéfectibles partisans qu’il peut menacer tout dissident de le faire déloger aux primaires, sort qui attend sans doute la fille de l’ex-vice-président Cheney en 2022.

La gangrène s’est emparée du parti au point que certains républicains menacent de créer un tiers parti, mais ça, c’est une autre histoire.

Fausse équivalence

J’entends déjà les trumpistes rouspéter en rappelant que des démocrates réclamaient la destitution de Trump dès son élection. Ça n’a rien à voir. Les leaders démocrates n’ont jamais proclamé l’illégitimité de l’élection de Trump et les procédures de destitution qu’ils ont endossées portaient sur des gestes posés pendant sa présidence.

Aujourd’hui, le leadership républicain refuse même de condamner clairement l’insurrection violente du 6 janvier, de peur d’offusquer celui qui l’a incitée en haranguant ses partisans fanatiques ce matin-là.

Les républicains sur la touche

Au Congrès, tous les républicains sont menacés de contestation interne s’ils osent contredire le Grand Mensonge ou s’ils collaborent avec les démocrates.

Le leader du Sénat, Mitch McConnell, a annoncé d’avance que les initiatives de Biden ne recevraient aucun vote républicain, zéro. C’est comme si les républicains se retiraient en bloc du jeu législatif, ce qui est contraire à l’esprit des institutions américaines.

Le président Biden, formé en politique dans l’atmosphère de compromis bipartisan du Sénat, aimerait bien rallier quelques républicains à ses projets, mais il sait pertinemment que c’est impossible.

Son succès dépendra essentiellement de sa capacité d’atteindre l’unanimité dans son propre parti, ce qui demeure un défi. Pourquoi s’échinerait-il en plus pour satisfaire des opposants qui refusent de reconnaître la légitimité même de son élection ?