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L’écriture inclusive rend la langue illisible

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Photo AFP Il faudrait un Jean-Michel Blanquer québécois.

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Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale de la France, vient de bannir l’écriture « inclusive » de l’école française. 

L’écriture inclusive ? Je ne parle pas ici de la féminisation des titres et des fonctions, qui s’est imposée par l’usage, mais de cette étrange manière d’écrire en semant partout dans ses mots des « points médians ». 

Ainsi, il ne faudra plus écrire les professeurs, ou même les professeurs et les professeures, mais les « professeur.e.s ». Et cela peut aller plus loin : pour certains de ses promoteurs, qui veulent effacer la référence au masculin et au féminin, au nom de la diversité des genres, on remplacera « ceux et celles » par « celleux ». On pourrait multiplier les exemples encore plus pénibles. Ceux-là sont les plus courants.

Féminisme ?

C’est que l’écriture inclusive se réclame d’un néoféminisme conspirationniste qui s’imagine que la langue française est animée par une logique sexiste et misogyne, et qu’il faudrait en déconstruire les règles pour permettre aux femmes d’accéder à la visibilité linguistique. Cette vision de la langue est fausse et relève de l’hallucination idéologique, mais elle s’impose de plus en plus. Elle ne relève en rien de la lutte contre le sexisme mais d’une déconstruction de nos codes culturels. 

Il faut s’y opposer très clairement. Car l’écriture inclusive rend la langue illisible, en plus de tordre la logique autour de laquelle elle se structure et de condamner ceux qui la pratiquent à multiplier les fautes. 

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Jean-Michel Blanquer rappelle que l’écriture inclusive annonce un désastre pédagogique. Déjà que les règles de la langue française sont exigeantes, si, en plus, on vient les doubler d’un système de codes idéologiques qui, par ailleurs, ne cesse de se complexifier, c’est la possibilité même de l’apprendre sérieusement qui est compromise. 

Il faudrait un Jean-Michel Blanquer québécois. Car l’écriture inclusive est bien plus présente ici qu’en France. On se souvient qu’à la sortie du premier confinement, l’administration montréalaise avait imposé à ses employés des séances de rééducation linguistique pour qu’ils apprennent à écrire avec ses codes et ses règles. Cette écriture est de plus en plus présente dans le marketing, dans les communications des organisations, et même dans l’écriture courante des jeunes générations – quand elles ne franglisent pas ! 

Déconstruction

On voit de plus en plus d’honnêtes gens s’approprier les codes de l’écriture inclusive – la chose est particulièrement visible sur les réseaux sociaux. Mais ils ne le font pas par choix : ils cèdent à la pression sociale, ils s’y soumettent. Toujours la même idée revient : qui ne l’utilise pas peut se faire accuser de se rendre complice d’une forme de « sexisme systémique » qui se cacherait derrière les règles de la langue française. 

Et je redoute le jour où l’on entreprendra la réécriture des classiques de la littérature française en écriture inclusive. J’en suis certain, ce jour viendra. Toujours au nom de l’inclusion.

La langue française mérite mieux que ce système d’écriture délirant. Il faut l’apprendre et la chérir, pas la détruire.