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Ottawa s’attaque aux sofas chinois

Les détaillants de meubles craignent de faire les frais du conflit diplomatique opposant la Chine au Canada

Quebec
Photos Stevens LeBlanc et Jean-François Desgagnés Le vice-président du détaillant Ameublements Tanguay, Jacques Tanguay (en médaillon), se désole des répercussions que pourraient avoir les nouveaux tarifs imposés aux entreprises chinoises et vietnamiennes sur les consommateurs québécois.

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À quelques semaines de la période des déménagements, les détaillants de meubles de la province, comme ceux du reste du pays, sont sous le choc. Et ce ne serait qu’une question de temps avant que leurs clients le soient tout autant.

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Depuis une semaine, Ottawa impose de nouveaux tarifs sur quantité de meubles et sièges rembourrés (fauteuils, sofas, chaises) fabriqués par des entreprises chinoises et vietnamiennes, soupçonnées de pratiques commerciales déloyales. Ces nouveaux tarifs à l’importation varient, selon le fabricant, entre 40 % et 295 %.

« C’est la première fois que je vois une telle chose, avoue Jacques Tanguay, vice-président d’Ameublements Tanguay. Pour certains produits, cela dépasse les 200 %. Ce n’est pas 200 % de la taxe, mais bien 200 % de la facture totale. Ça n’a ni queue ni tête. »    

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Soupçons de dumping

Dans une déclaration écrite acheminée au Journal, le gouvernement explique que les fabricants de meubles canadiens ont le droit d’être protégés contre les importations de marchandises « sous‐évaluées ou subventionnées ».

Or, au terme d’enquêtes menées à la suite d’une plainte d’un manufacturier de Colombie-Britannique, l’Agence des services frontaliers du Canada a conclu que les importations de mobiliers d’une quarantaine d’entreprises de Chine et du Vietnam répondaient à ces critères permettant des « prix inéquitables ».

Ce serait finalement pour compenser les « effets néfastes du dumping et du subventionnement », que les douanes canadiennes imposent ces nouveaux droits provisoires.

Sur le dos des clients ?

Quoi qu’il en soit, Jacques Tanguay se désole des répercussions que pourraient avoir ces nouveaux droits sur les consommateurs. 

« Tu ne peux pas prendre quelque chose qui vaut 1500 $, aujourd’hui, et dire qu’il vaut 4500 $ demain. Pour les consommateurs, ce n’est même pas un choix, c’est fini. »

Au fait du dossier, le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD) s’inquiète que l’imposition de cette « surtaxe » aux Brault & Martineau, Brick, Structube, JC Perreault et Maison Corbeil de ce monde, s’inscrive dans la continuité du conflit diplomatique en cours entre la Chine et le Canada.

Son directeur des relations gouvernementales, Jean-François Belleau, soutient que les consommateurs « sont en droit d’avoir accès à des meubles de toutes les gammes, que ce soit de meubles abordables comme des meubles plus haut de gamme tels que ceux fabriqués au pays. » 

Actuellement, le pays compterait 3000 détaillants de meubles. La majorité vend des meubles importés. De ces importations, au moins la moitié proviendrait de Chine.

Le CCCD rappelle que pour les manufacturiers de meubles de Chine et du Vietnam, le Canada ne représente qu’une infime portion de leurs exportations, soit environ 3 %. Cette réalité fait craindre, affirme M. Belleau, que « cette surtaxe fera au final plus de victimes collatérales au Canada qu’en Chine et au Vietnam ».

Coincées au Port

Déjà, ses effets commenceraient à se faire sentir dans les principaux ports du pays. Incapables de payer les nouveaux droits imposés par Ottawa pour décourager ces importations asiatiques, des détaillants feraient des pieds et des mains actuellement pour annuler leurs commandes avant qu’elles n’arrivent au pays.

Mais leur tâche s’avère tout sauf facile, soutient Pierre Dolbec, président de Dolbec International, un des plus importants courtiers en transport au Québec. 

« Dans de tels cas, même si les entreprises souhaitent annuler des commandes, lorsque la marchandise est sur l’eau, elles ne peuvent pas. Il y a des pénalités. Les compagnies sont coincées. »

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