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La grande manœuvre de François Legault

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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À l’élection de 2018, L’actualité a publié une de ces questions-réponses classiques où on interroge tous les chefs de parti sur les mêmes sujets à la veille d’une élection.

La réponse de François Legault était fascinante.

Il était loin de renoncer définitivement à la souveraineté et expliquait plutôt, comme le comptable qu’il est, que les chiffres n’étaient pas encore là.

Il a exposé dans le détail comment il allait mettre l’accent sur l’immigration, la langue et la culture pour accroître les pouvoirs du Québec. Le sous-texte était évident : si le Québec cherche ces pouvoirs et ne les obtient pas, la souveraineté risque de paraître comme la solution naturelle.

CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE.

Cette explication de Legault se reflète dans une des dispositions clés de son projet de loi modifiant la Charte de la langue française.

M. Legault vise à modifier, en même temps, la constitution canadienne pour mieux asseoir la juridiction du Québec, comme nation, en matières linguistiques.

Lors du référendum de 1995, Jacques Parizeau, de toute évidence fier de son coup, a décrit sa question comme étant « astucieuse ». Sa vantardise lui est revenue, car beaucoup de gens se méfiaient d’une telle ruse.

Trop prudent et expérimenté pour faire la même erreur, il faut reconnaître que François Legault est conséquent avec lui-même et qu’il est, oui, vraiment futé.

Il a réussi à édulcorer deux aspects appréhendés des modifications à la loi 101 : l’accès au cégep et la reconnaissance des villes bilingues.

Même si c’est contre nature pour un homme d’affaires, il a accepté d’accroître la bureaucratie linguistique et la paperasse pour les entreprises d’une certaine envergure.

UNE GRANDE MANŒUVRE

Mais c’est maintenant au niveau national que le grand jeu se joue.

Le Québec a déjà modifié la constitution canadienne. Lucien Bouchard a réussi un coup de maître en balayant toute résistance à Ottawa à amener un changement majeur. Les commissions scolaires confessionnelles ont été remplacées par des commissions scolaires linguistiques. Bouchard, au sommet de son autorité, a averti le Sénat de ne même pas songer à jouer aux trouble-fêtes.

C’est une manœuvre de cette envergure que François Legault prépare. S’il était assis à côté de son ministre en conférence de presse hier, ce n’était pas pour parler de fins détails. Ça, il le laissait à Jolin-Barrette.

Lui était là, comme le chat qui avait avalé le canari, sûr de son coup, prêt à en découdre avec Ottawa à l’aube d’une élection générale.

QUESTION POLITIQUE FONDAMENTALE

Erin O’Toole risque d’être le premier chef de parti à appuyer la démarche. Pourquoi pas ? Le soutien de son prédécesseur, Andrew Scheer, à un rapport d’impôt unique pour le Québec ne lui a pas coûté un seul vote en Alberta ou en Saskatchewan.

La vraie question est : que fera le Parti libéral de Justin Trudeau ?

C’est drôle comment une journée dans la vie politique peut amener des hauts et des bas.

Hier, M. Trudeau a été blanchi par le commissaire à l’éthique dans le tristement célèbre dossier de We Charity. Son soupir de soulagement politique risque d’être de courte durée.

Trudeau aura à décider s’il appuie ou non cet effort du Québec pour renforcer sa capacité de protéger et promouvoir sa langue et sa culture, et le résultat risque d’être déterminant pour les prochaines élections attendues en septembre.