/opinion/columnists
Navigation

Projet de loi 96: un coup politique fumant

Coup d'oeil sur cet article

Débutons par l’essentiel. Peaufiné par le ministre Simon Jolin-Barrette, le mérite principal du projet de loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec, est d’exister.

C’est en effet la première tentative en 25 ans par un gouvernement majoritaire de renforcer la Charte de la langue française (loi 101) suite aux nombreux affaiblissements que lui ont infligés les tribunaux au fil du temps.

Ce faisant, le PDL 96 remet en mouvement la société civile et la classe politique autour de l’avenir du français. Lequel, contrairement à la laïcité, constitue le véritable cœur de l’identité nationale québécoise. Toutes origines de ses citoyens confondues.

Aussi imparfait soit-il, le processus ne fait que commencer. Il y aura consultations et moult débats. Le gouvernement Legault devra se montrer ouvert à le bonifier.

Bref, l’importance du geste, sur la forme et le fond, malgré même qu’il soit très intéressé sur le plan partisan, ne doit pas être sous-estimée.

De reculs en déclin

Depuis 25 ans, le français recule dans l’administration publique, au travail, dans les commerces, l’affichage et l’intégration des immigrants. Depuis 25 ans, on sait que les cégeps anglophones attirent de plus en plus d’allophones et de francophones.

Malgré tous ces voyants jaunes amplement documentés, les gouvernements majoritaires successifs, rouges ou bleus, n’ont rien fait. L’Histoire les jugera un jour très durement.

Le résultat est à l’avenant. Le français, comme langue nationale et d’intégration, est sur son déclin. Et ce, dans le seul État francophone du continent. Cherchez l’erreur.

Le déclin est maintenant d’une ampleur telle que plus personne n’oserait le nier. Pas même Justin Trudeau. C’est pour dire...

Le PDL 96, une fois modifié et adopté, contribuera-t-il ou non à stopper cette tendance lourde ? Serait-il même déjà trop tard ? Bien malins les devins. Il n’en reste pas moins que le PDL 96 ratisse large, mais il reste incomplet.

Incomplet

Il n’impose pas la loi 101 aux cégeps qui, pourtant, sont des vecteurs majeurs d’anglicisation dans la grande région montréalaise. Se limiter à vouloir contingenter les inscriptions aux cégeps anglais promet tout un casse-tête.

Vu sous l’angle strictement politique, pour François Legault, le PDL 96 est un coup fumant. Primo, il dit à son électorat francophone qu’il agit. Deuxio, à l’instar de sa loi sur la laïcité, qu’il le fait, selon lui, de manière « raisonnable ». Tertio, il retire au PQ sa carte restante.

En utilisant à nouveau la clause dérogatoire tout en proposant de modifier lui-même la Constitution de 1867 par l’affirmation de l’existence d’une nation québécoise, le premier ministre caquiste ajoute aussi une couche de chair symbolique à l’os de sa position dite autonomiste.

Ce qui lui permet de continuer à occuper la quasi-entièreté du terrain politique à la fois nationaliste et fédéraliste. Cela dit, le PDL 96 est touffu et complexe. Le diable n’a donc pas fini de se cacher dans les détails.

Une seule chose est sûre. Pour que l’usage du français devienne un jour aussi indispensable, normal et habituel au Québec que l’anglais à travers le reste du pays – car c’était là, le véritable objectif de la loi 101 originelle –, le temps court dangereusement.

Et ce temps, il appartiendra bientôt aux prochaines générations. Seront-elles au rendez-vous pour tenir le fort ?