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Une bête aux échos pandémiques

L’œuvre de Goudreault sur les planches

La bête à sa mère
Photo courtoisie, Stéphane Bourgeois Avec sa barbe et ses cheveux hirsutes, David Bouchard incarne avec aplomb le personnage principal de La bête à sa mère.

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Après plus d’un an de COVID-19, on voit des liens avec ce que nous vivons partout. Parfois à tort. N’empêche qu’en devenant une pièce de théâtre, le récit du percutant roman La bête à sa mère, de David Goudreault, semble désormais faire écho à des enjeux sociaux qui ont éclaté au grand jour durant la pandémie.

Résumons d’abord l’intrigue : nous suivons le parcours d’un petit criminel, junkie, accro au sexe, misogyne, amoureux des animaux et à l’étonnante érudition. Ballotté dans sa jeunesse d’une famille d’accueil à l’autre, il se met en tête de renouer avec sa mère biologique, qu’il croit avoir retracée à Sherbrooke.

Or, en replongeant dans ce roman de 2015 par le biais de son adaptation à la scène, signée Isabelle Hubert, on remarque chez cet antihéros des mécanismes observés, au cours de la dernière année, chez certains opposants aux mesures sanitaires. 

Son égocentrisme outrancier et sa propension à s’inventer une réalité parallèle, au mépris des faits, renvoient à la frange la plus extrémiste de la sphère complotiste. « C’est documenté », lance-t-il à répétition. Lui aussi a fait ses recherches.

Cruel et tendre

Seul sur scène pendant 80 minutes, le comédien David Bouchard défend avec aplomb ce personnage trouble en exposant adroitement ses nuances. Un acte d’une indicible cruauté envers un chat peut succéder avec fluidité à un passage où il évoque avec tendresse son amour pour sa maman.

En outre, avec sa barbe et ses cheveux hirsutes, de même que sa gestuelle athlétique, Bouchard correspond physiquement à l’image qu’on pouvait s’en faire en lisant le roman.

Créée par Hugues Frenette et misant sur des éclairages feutrés de même que sur la présence d’un divan, un frigo, un banc de parc, un lampadaire et un classeur, la mise en scène se met au service du texte et est assez sobre.

Peut-être un peu trop. Pour un personnage aussi mentalement dérangé, une ambiance plus dure aurait été de mise.

Cette adaptation de La bête à sa mère, présentée jusqu’au 30 mai par le Trident, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec, s’avère néanmoins une incursion efficace dans l’univers de David Goudreault.