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Faut-il arracher les antennes Huawei?

Tour cellulaire Huawei
Photo Martin Chevalier Des antennes cellulaires Huawei installées à Montréal.

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« Arracher et remplacer (rip and replace) ». Voilà exactement le mot d’ordre que les États-Unis ont donné aux opérateurs de télécommunications sur leur territoire pour se débarrasser des équipements du controversé géant chinois Huawei.

Au nom de la sécurité nationale, les autorités fédérales américaines ont statué en décembre dernier qu’il fallait enlever au plus vite ces antennes et ces radios, en raison de craintes d’espionnage. Elles ont consenti près de 2 milliards $ US de fonds publics pour y parvenir.

Pendant ce temps, au Canada et au Québec, il y a de bonnes chances que votre téléphone cellulaire fonctionne grâce à des équipements Huawei. 

Enquête exhaustive

Notre Bureau d’enquête s’est penché, au cours des derniers mois, sur la façon dont Huawei s’est implantée chez nous depuis 2009. L’entreprise a eu la bénédiction d’Ottawa, en particulier du gouvernement Harper, pour s’installer. 

On compte environ 24 000 tours cellulaires avec de l’équipement Huawei au pays, dont plus de 4500 dans toutes les régions du Québec, comme vous pourrez le constater dans les pages 2 et 107 de cette édition.

Doit-on craindre nous aussi d’être espionnés ? Huawei Canada affirme que cette idée est « absurde ».

Mais notre journaliste Marc-André Sabourin a réussi à obtenir plusieurs témoignages pas du tout rassurants, dont celui de l’ex-directeur des services secrets canadiens Richard Fadden, qui croit qu’il faudrait « tout enlever ».

En regardant le documentaire-choc La Brèche, préparé par notre équipe et disponible dès maintenant sur Club illico, on constate que tout un pan de notre économie pourrait avoir été volé sournoisement par la Chine au cours de la dernière décennie.

Les confessions d’ex-employés de Huawei et d’autres sources confidentielles à notre Bureau d’enquête ont été obtenues au prix de longues démarches pour gagner leur confiance. Ça valait le coup, car elles sont d’une valeur inestimable pour comprendre les méthodes de cette entreprise.

Les révélations sur le rôle que pourrait avoir joué la Chine dans la chute de l’ex-joyau canadien des télécommunications Nortel sont particulièrement troublantes. On croirait à un scénario de film d’espionnage. Tout comme celles, que nous vous présenterons demain, sur les liens de proximité entre Huawei et certaines universités.

Décision à prendre

On comprend que le malaise va beaucoup plus loin que les tensions politiques qui entourent l’emprisonnement et les procès sommaires en Chine des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor.

Le Canada doit-il permettre à Huawei d’être impliqué dans le développement du réseau cellulaire de prochaine génération, le 5G ? Ou faut-il plutôt suivre l’exemple du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Suède et des États-Unis, qui ont déjà décidé qu’il n’en était pas question ?

Voilà un enjeu sur lequel le gouvernement Trudeau serait bien avisé de prendre position rapidement. 

Jean-Louis Fortin
Directeur du Bureau d’enquête