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Lenteur du système d’immigration: «des milliers de nos vies qui se brisent»

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Plusieurs groupes syndicaux et communautaires qui revendiquent une approche plus humaine des dossiers d’immigration, autant par Québec qu’Ottawa, ont manifesté au centre-ville de Montréal samedi après-midi.

«Nous sommes obligés de venir dans la rue pour dénoncer un gouvernement irresponsable», a lancé devant les bureaux d’Immigration Canada à Montréal le président de l’organisme Le Québec, c’est nous aussi, Thibault Camara.

MAXIME AUGER/24 HEURES/AGENCE QMI

«Pourquoi le Québec et le Canada ne sont pas capables de se parler pour régler le dossier des résidences permanentes et ainsi laisser des milliers de nos vies se briser contre un mur», a-t-il poursuivi devant les quelque 200 manifestants rassemblés pour l’occasion.

Les groupes organisateurs demandent notamment la régularisation du statut d’immigration des personnes à statut précaire, des délais de traitement raisonnable pour la résidence permanente, des voies d’accès à la résidence permanente sans discrimination et des gestes concrets pour les familles séparées.

Ils jugent que la pandémie a mis en lumière la précarité que vivent ces milliers de personnes.

On souhaite y dénoncer entre autres le fait qu’au moins 51 000 immigrants sont sans résidence permanente au Québec.

MAXIME AUGER/24 HEURES/AGENCE QMI

Système à deux vitesses

«Les temps d’attente sont insupportables, s’indigne Mohammed, un Tunisien âgé de 29 ans établi au Québec depuis six ans. Ça fait 18 mois que j’attends ma résidence permanente. J’ai fait 8000 km pour changer mon futur et je sens que mes droits ne sont pas comme les autres.»

Celui-ci déplore la double bureaucratie instaurée entre le provincial et le fédéral. Il ne s’explique pas comment des amis tunisiens qui ont décidé de s’installer à Toronto ou dans l’Ouest canadien ont reçu leur résidence permanente en près d’un an.

Des familles séparées

Plusieurs manifestants ont aussi dénoncé le fait qu’ils sont séparés de leur famille depuis plusieurs mois. Sans le statut de résident permanent, ceux-ci ont peur de quitter le pays et de ne pas pouvoir y revenir.

Micha Pelletier, qui a pris la parole devant les manifestants, explique être séparée de son mari, établi en Tunisie, depuis 17 mois. «Le Canada n’ouvre pas les portes pour les époux et les épouses de ses citoyens», déplore-t-elle.

Marisa Berry Méndez d’Amnistie internationale Canada Francophone explique que la pandémie offre une opportunité de revoir le système actuel. «Les gouvernements ont une occasion unique de changer notre approche. Choisir l’inclusion plutôt que l’exclusion et de choisir un système d’immigration qui respecte les droits humains des nouveaux arrivants», indique-t-elle.

La manifestation a été ponctuée de plusieurs discours et témoignages d’immigrants en attentes de leur dossier. Thibault Camara déplore que depuis 2018, les délais d’attente pour obtenir sa résidence soient passés de 13 mois à 27 mois aujourd’hui. «C’est en train d’exploser et c’est le gouvernement provincial qui a les clés pour corriger la situation», s’exclame le jeune homme.

Après une prise de parole devant les bureaux d’Immigration Canada sur la rue Saint-Antoine, les manifestants ont marché vers les bureaux du premier ministre François Legault sur l’avenue McGill Collège avant de terminer leur marche à la Place de la Paix sur le boulevard Saint-Laurent.