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Ça vous tente encore de vivre en français?

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« Il y a quelque chose d’humiliant à légiférer pour protéger sa langue, disait René Lévesque. Dans un pays normal, on n’aurait pas besoin de faire ça. »

Effectivement. 

On ne devrait pas être obligés d’avoir recours aux tribunaux pour s’assurer qu’on puisse travailler et être servis dans NOTRE langue, chez NOUS. 

Ça devrait tomber sous le sens. Mais le Québec n’est pas un pays normal. On n’est même pas un pays. 

On est juste un petit village gaulois qui tente tant bien que mal de survivre.

NOUS PROTÉGER... DE NOUS !

Le pire est que nous sommes parfois notre pire ennemi. Pensez à ça deux minutes : nous devons imposer des quotas pour nous assurer que nos radios commerciales FRANCOPHONES, appartenant à des FRANCOPHONES et écoutées par des FRANCOPHONES, diffusent de la musique FRANCOPHONE ! Sinon, la plupart ne le feraient pas ! 

Non seulement devons-nous avoir recours aux tribunaux pour imposer notre langue aux gens qui ne la parlent pas, mais nous devons aussi imposer des règles destinées à nous forcer, NOUS FRANCOPHONES, à écouter de la musique... en français ! Nous devons nous protéger... de nous !

C’est surréaliste. 

Et, comme disait René Lévesque, humiliant.

Dans un pays normal, on n’aurait pas besoin d’inscrire dans nos lois le droit d’être servis en français dans des commerces.

Savez-vous pourquoi ? Parce que les francophones qui se feraient aborder en anglais dans des commerces qui auraient pignon sur rue CHEZ EUX se plaindraient. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Et ils voteraient avec leur portefeuille. Ils feraient pression auprès de ces commerces pour qu’on les serve dans leur langue chez eux.

Mais nous ne sommes pas dans un pays normal.

La plupart des citoyens francophones ne défendent pas leur langue. Alors ils demandent au gouvernement de le faire pour eux. Ce n’est pas seulement humiliant. C’est décourageant. 

LES LOIS QUE NOUS MÉRITONS

Et ça nous amène à la question à 100 000 $, la question que, j’en suis convaincu, Camille Laurin et René Lévesque se posaient la nuit, quand ils faisaient de l’insomnie. Est-ce que ça vous tente encore de vivre en français ?

Parce que si ça ne vous tente plus, les amis, on va arrêter ça là, tout de suite. 

On va arrêter de faire semblant. Si on est rendu à devoir protéger le français auprès des francophones, aussi bien déclarer forfait et mettre un terme à cette mascarade !

Je disais hier que je trouvais la nouvelle loi 101 trop timide. Trop prudente.

Mais en même temps, les caquistes ne sont pas fous. Comme tous les gouvernements, ils veulent rester au pouvoir et donnent aux Québécois ce qu’ils pensent que les Québécois veulent. 

S’ils avaient senti que les Québécois étaient prêts à brasser la cabane, ils auraient brassé la cabane ! Avec joie !

Simon Jolin-Barrette aurait été le premier à le faire !

Il aurait imposé la loi 101 au cégep ! Demandé une connaissance suffisante du français aux gens qui veulent immigrer ici ! Mais voilà : c’est pas ce qu’ils ont senti.

Ils nous donnent une loi timide, car la façon dont nous nous comportons face à notre langue leur donne toutes les raisons du monde de croire que nous sommes timides ! 

Pouvons-nous les blâmer ?