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Marie-Pier Desharnais s’attaque aux sommets de l’Everest et du Lhotse

Marie-Pier Desharnais
Photo courtoisie Marie-Pier Desharnais grimpe les montagnes depuis six ans. Elle est une survivante du tsunami de 2004 à Phuket en Thaïlande.

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Marie-Pier Desharnais se lancera cette semaine dans la phase finale d’un grand défi sur le toit du monde. Celui qui pourrait la faire entrer dans le livre des records de l’alpinisme. La Québécoise de 35 ans souhaite réussir l’ascension de l’Everest et du Lhotse en moins de 21 h 30. À l’approche du jour J, elle sent que l’exploit sera difficile à accomplir. 

Perchée dans le petit village himalayen de Namche Bazar situé à une altitude de 3440 mètres, la grimpeuse a raconté son aventure au Journal dans une entrevue téléphonique cette semaine. Elle récupérait après avoir effectué son acclimatation jusqu’à 7100 mètres sur la montagne. 

Dans son défi d’envergure de grimper à 8848,86 mètres sur l’Everest et à 8516 mètres sur le Lhotse, quatrième plus haut sommet au monde, Desharnais n’avait pas prévu traîner dans son paquetage les conséquences de la COVID-19. 

Alors qu’elle s’entraînait en janvier en Équateur en prévision d’une expédition, elle avait chopé le satané virus. Après trois jours au plancher et une longue période de repos, elle pensait s’en être débarrassée depuis le temps. Mais pas du tout. 

Le record

Dans ses montées d’acclimatation sur l’Everest depuis la mi-avril, elle a senti les dommages collatéraux de la maladie. 

« Je mets plus de temps à m’acclimater qu’à l’habitude. Présentement, c’est plus difficile mentalement. Je sens que je ne suis pas assez vite et pas assez forte. Mon système respiratoire s’adapte moins bien à l’altitude. Je n’avais pas réalisé à quel point ce virus m’a affectée. Je traîne vraiment des séquelles, car je compare mon rendement à mes performances antérieures », a raconté celle qui serait la huitième Québécoise à se tenir au sommet de l’Everest. 

Elle n’a pas révisé ses plans pour autant. D’ici le 20 ou 22 mai, selon les prévisions météo de la semaine, elle débutera son ascension vers le sommet de l’Everest. Le repos de quelques jours à Namche Bazar lui a permis de faire le plein d’énergie. Elle espère que son système respiratoire suivra la cadence. 

« J’attends ce moment depuis deux ans. C’est le temps de passer à l’action. Je sais que ce ne sera pas de tout repos, mais je suis entêtée et déterminée. »

Elle s’est entraînée dans les cascades de glace du glacier Khumbu.
Photo courtoisie
Elle s’est entraînée dans les cascades de glace du glacier Khumbu.

L’atteinte des deux sommets est un élément important de son aventure, mais le chronomètre prime avant tout. Elle veut abaisser la marque de 21 h 30 min établie en mai 2018 par Qu Jiao-Jiao. Cette Chinoise est la femme la plus rapide à avoir réussi la traverse de ces deux géants. Chez les hommes, le record appartient au Népalais Mingma Dorchi Sherpa qui l’a accompli en 6 h et 1 min en mai 2019. Cette saison, six grimpeurs ont déjà réalisé le combo.

Pour y arriver, les alpinistes bifurquent vers la montagne voisine après être redescendus du sommet de l’Everest au camp 4. La poussée sommitale du Lhotse débute à environ 8100 mètres d’altitude sur le col sud. 

Ce défi exige une forte endurance, surtout après avoir atteint le toit du monde. Il faut puiser dans ses réserves d’énergie pour affronter une autre journée d’ascension sur le Lhotse. Celle-ci peut être hasardeuse alors que les éboulements de roches sont fréquents, surtout selon l’achalandage sur la voie.

« Même si ça ne va pas aussi bien que ce que j’avais prévu, je n’ai pas dit mon dernier mot. Je ne laisse pas tomber mon projet. Je veux peser sur le chronomètre quand j’arriverai au sommet de l’Everest. Dans mon esprit, le pire des scénarios serait de réussir, mais avec un mauvais temps », a-t-elle soutenu avec surprise.

Projet grandiose

C’est l’intensité et la rareté féminine dans ce défi qui l’ont interpellée. « Je voulais accomplir quelque chose de grandiose. Depuis plusieurs années, on a cette image commerciale et “facile” de l’Everest. Je cherchais un défi plus intense. Rares sont les femmes qui ont ajouté le Lhotse dans la même expédition. » 

Cette aventure s’inscrit dans son projet Apex Woman, un mouvement égalitaire féminin visant à élever l’empreinte féminine sur cinq des plus hauts ou difficiles sommets au monde. 

Marie-Pier Desharnais a rencontré Nirmal Purja (Nims Dai), icône népalaise de l’alpinisme, sur le Manaslu en 2019. Ils ont ensuite tissé des liens d’amitié, si bien qu’il est maintenant son guide.
Photo courtoisie
Marie-Pier Desharnais a rencontré Nirmal Purja (Nims Dai), icône népalaise de l’alpinisme, sur le Manaslu en 2019. Ils ont ensuite tissé des liens d’amitié, si bien qu’il est maintenant son guide.

Mais c’est aussi un tremplin vers l’un de ses plus grands rêves : le redoutable K2. Guidée par son ami Nirmal Purja, véritable icône de l’alpinisme qui a gravi les 14 sommets de plus de 8000 mètres en six mois, celui qui est aussi connu sous le nom de Nims Dai l’oblige à repousser sans cesse ses limites par sa discipline militaire. 

D’ici la fin mai, elle saura si ses limites lui permettront d’entrer dans le livre des records. 

Après l’Everest, le K2 en mire  

Rien n’arrête Marie-Pier Desharnais de rêver et de repousser ses limites. Après son aventure sur l’Everest et le Lhotse, elle devrait se diriger vers le nord-est du Pakistan pour s’attaquer au redoutable K2, la « montagne des montagnes ». 

C’est seulement si la crise sanitaire au cœur de l’Asie s’est calmée d’ici la mi-juin. Car pour l’instant, elle ignore si elle se rendra au pied du second plus haut sommet au monde culminant à 8611 mètres d’altitude. 

Ce pic rocheux, symbole de l’excellence dans le monde de l’alpinisme, représente un véritable rêve. Elle sait qu’elle s’attaquera à un monstre sans pitié exigeant endurance, sang-froid et surtout, une maîtrise de ses habiletés sur ses flancs acérés. 

« C’est l’apogée, le challenge ultime. Aucun Québécois n’a réussi cette ascension et peu de femmes l’ont essayée. On me dit que je rêve en couleurs, mais c’est une phrase ou une réaction qui m’excite quand je parle de mon projet. L’opinion des autres ne devrait pas mettre un frein aux rêves », témoigne-t-elle.  

Progression logique

À vrai dire, Desharnais ne présente pas la longue feuille de route d’alpinistes aguerris qui ont tenté l’assaut du K2, mais elle s’y prépare depuis de nombreuses années. Elle devait y être durant l’hiver, mais la maladie et l’impossibilité d’obtenir son permis à temps ont fait planter son aventure.

« Dans notre discipline, il faut suivre une progression. Le K2 est un sommet qui revient de plus en plus sur le tapis au fil de mes aventures. Avec l’expérience acquise, l’amélioration des capacités tant physiques que mentales et les apprentissages, cette montagne finit par croiser ton chemin comme une progression logique », explique celle qui crapahute sur les montagnes depuis six ans. 

Marie-Pier profite du beau temps sur l’Everest depuis quelques semaines.
Photo courtoisie
Marie-Pier profite du beau temps sur l’Everest depuis quelques semaines.

Comme sur l’Everest, Desharnais sera encore guidée par le renommé alpiniste népalais Nims Dai. Nirmal Purja de son vrai nom, il figurait parmi les 10 premiers hommes à réussir l’exploit d’une hivernale au K2, atteignant la cime à la mi-janvier dernier. Il est un habitué de ce sommet pakistanais en y menant des expéditions depuis quelques années.

Nathalie Fortin avait été la dernière alpiniste québécoise à s’attaquer à la Montagne sauvage à l’été 2018 en compagnie de Serge Dessureault et Maurice Beauséjour. 

À l’été 2019, Louis Rousseau avait grimpé jusqu’à 8300 mètres d’altitude avant de devoir rebrousser chemin. À ce jour, il est l’unique Québécois à avoir approché de si près le sommet.

Situation difficile au camp de base  

Partout en Asie, la deuxième vague de la COVID-19 fait des ravages. Au Népal, la situation est alarmante. Les nouveaux cas quotidiens frôlent les 10 000 infections répertoriées, les hôpitaux débordent et la mortalité court. 

Le gouvernement et la population ont même appelé à la solidarité pour trouver des cylindres d’oxygène. Pendant ce temps, on grimpe sur les nombreux sommets de 8000 mètres du pays. 

La situation est précaire au pied de l’Everest depuis le début de la saison d’alpinisme. Au total, près de 1500 personnes peuplent l’imposant camp de base malgré la pandémie.

Desharnais est arrivée au pied de l’Everest à la mi-avril.
Photo courtoisie
Desharnais est arrivée au pied de l’Everest à la mi-avril.

Selon de nombreux rapports, les cas positifs à la COVID-19 se sont rapidement multipliés à 5300 mètres d’altitude en avril, forçant l’évacuation de dizaines de personnes malades. Difficile toutefois d’obtenir l’heure juste sur la réalité depuis le début de mai. L’Everest représente une mine d’or en revenus...

Selon les données gouvernementales dans la province 1 du Népal où s’étend la Vallée du Khumbu, on y répertoriait quatre cas le 1er avril à l’aube de la saison d’alpinisme. Ce nombre est passé à 24 deux semaines plus tard alors que les centaines de grimpeurs ont déambulé dans les petits villages perchés jusqu’au camp de base. Le 1er mai, les infections avaient augmenté à 180. Puis, le 14 mai, on y comptait 905 cas. 

La saison du tourisme alpin a contribué à l’explosion de ces cas. L’Office du tourisme a octroyé pas moins de 408 permis sur l’Everest, un record, et quelque 100 autres sur le Lhotse. Le gouvernement est l’un des artisans de ses malheurs en laissant aussi les frontières ouvertes avec l’Inde. Inquiète, la Chine a annoncé, hier, qu’elle fermait son versant nord.

Précautions

Même si de nombreux grands fournisseurs de services, tels qu’Adventure Consultants et Jagged Globe, ont renoncé à la saison 2021 par devoir moral, d’autres n’ont pas hésité à relancer leurs aventures. Manifestement, la communauté alpine est divisée sur ses responsabilités en temps de pandémie. Le moment serait propice à montrer l’exemple. Hier, une équipe a annulé son expédition et viré les talons en raison d’une situation dite « hors de contrôle » sur la montagne. 

Professionnelle de la gestion de risques, Marie-Pier Desharnais a considéré retarder son expédition. Mais ne sachant pas ce que la vie lui réserve, elle a choisi de la mener malgré tout. Craintive du variant indien, elle dit prendre des précautions. 

« On ne parle pas aux autres équipes et on ne se voisine pas, souligne-t-elle. Il y a ce sentiment de méfiance envers les autres. Le virus fait partie de notre quotidien. On essaie de vivre sans trop y penser. »

« On sait que le pays est en confinement et qu’à Katmandou, la situation n’est pas jolie. Depuis que je suis arrivée, je rencontre des gens heureux de nous voir. Je ne sens pas que je les dérange. Je contribue à leur économie. »