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Visages de notre histoire: Ethel Stark, musicienne de combat

Visages de notre histoire: Ethel Stark, musicienne de combat
Photo Bibliothèque publique juive

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Une femme de premières

Ethel Stark est de ces femmes remarquables dont on a failli oublier le nom. Née à Montréal en 1910 au sein d’une famille de la communauté juive, Ethel Stark se forme en tant que violoniste. Elle étudie avec Alfred de Sève, puis à l’Université McGill, grâce à la bourse MacDonald, qu’elle est parmi les rares femmes à remporter. Première femme admise à l’Institut de musique Curtis de Philadelphie, elle est aussi la première femme acceptée au programme de formation de chef d’orchestre. Les femmes musiciennes professionnelles sont à l’époque rarissimes et leur présence au sein d’un milieu exclusivement masculin témoigne de leur talent et de leur combativité. À une époque où l’on juge inconvenant pour une femme de jouer de certains instruments considérés comme « masculins » – la contrebasse, la trompette ou les percussions –, Stark s’y forme aussi, néanmoins.

Réalisations 

Visages de notre histoire: Ethel Stark, musicienne de combat
Photo Bibliothèque publique juive

Solidarité féminine

En 1940, alors que les femmes sont exclues des orchestres symphoniques, elle fait fi des normes et regroupe des musiciennes qui, comme elle, veulent vivre de leur art. En fondant la Symphonie féminine de Montréal, elle crée le premier orchestre féminin au Canada, composé de femmes de toutes les expressions, de toutes les confessions et de toutes les classes sociales. Une première représentation a lieu le 29 juillet 1940, à l’auditorium Le Plateau. Le succès est consacré quand l’orchestre se produit devant un parterre complet au belvédère, sur le mont Royal, en 1942. L’ensemble est ensuite couronné d’une reconnaissance incontestable alors qu’il est le premier orchestre canadien à se produire au Carnegie Hall, en 1947. L’orchestre accueille aussi la première personne noire à jouer pour un orchestre symphonique au Canada, la clarinettiste Violet Grant States. La normalisation, aujourd’hui, de la présence des femmes dans les orchestres symphoniques donne la mesure de l’avant-gardisme de Stark. Réputée musicienne exigeante, on reconnaît aussi chez elle un sincère enthousiasme à accueillir les musiciennes de niveau professionnel — rares à l’époque — qui veulent se joindre à l’ensemble. Elle dirige son orchestre jusqu’à sa dissolution, en 1965.

Héritage 

Visages de notre histoire: Ethel Stark, musicienne de combat
Photo Archives de Montréal

Un legs discret

Les femmes ont depuis fait leur chemin dans le domaine de la musique classique. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui professionnelles dans les orchestres de Montréal, et dans les années 1980, l’Orchestre Métropolitain de Montréal était dirigé par une femme, Agnès Grossmann. Le rôle d’Ethel Stark à cet égard, s’il n’est pas celui d’une influence directe, aura au moins permis de normaliser la présence des femmes à ce type de poste, à une époque où les femmes prenaient, partout, des places qui leur avaient été jusque-là refusées. Stark laisse aussi un héritage d’enseignement et de transmission à travers son parcours au Conservatoire de musique du Québec, à Montréal, alors situé rue Saint-Denis, non loin du carré Saint-Louis. Décédée centenaire en 2012, plusieurs distinctions nationales – dont l’Ordre national du gouvernement du Québec – reconnaissent son apport à la société. Un parc à son nom accueille aujourd’hui les passants, à l’angle des rues Clark et Prince-Arthur Ouest.