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Vivre dans un train à grande vitesse

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Photo AFP Wilifried Nancy a expliqué un plan de jeu à Ahmed Hamdi pendant le match contre le Crew de Columbus, récemment à Fort Lauderdale.

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Depuis le 8 mars, la vie de Wilfried Nancy a radicalement changé. Il est alors devenu officiellement entraîneur-chef du CF Montréal après avoir assumé l’intérim de Thierry Henry pendant une semaine.

L’homme de 43 ans ne s’en cache pas, les choses se sont drôlement bousculées au cours des deux derniers mois.

« Je suis dans un train à grande vitesse depuis deux mois », admet-il lors d’une récente conversation. 

« Il y a quelques jours, j’étais content de ce que je voyais à l’entraînement et je me suis mis à penser à tout ça, ça fait peu de temps et pourtant les joueurs adhèrent à ce qu’on veut mettre en place. »

En accéléré

Cette notion d’adhésion au programme est importante et se transcende sur le terrain où l’équipe a démontré de belles choses jusqu’à maintenant.

Et c’est essentiel parce que le groupe a eu très peu de temps pour travailler tout le monde ensemble pour des raisons de quarantaine ou de sélections nationales.

« Ça n’a pas été facile parce qu’il a fallu beaucoup prioriser et ce n’est pas évident parce que j’ai beaucoup d’idées », reconnaît Nancy qui a dû trouver des façons de synthétiser ses demandes et de couper à l’essentiel.

« Je sais ce que je veux sur le terrain avec les joueurs alors je fais un gros travail sur moi-même pour amener de la clarté aux joueurs. Ce que je ne contrôle pas, c’est comment ils vont rendre la copie dans un match. »

Dans les faits, Nancy et son équipe d’entraîneurs n’ont eu que deux matchs pour préparer la saison.

« J’ai pris conscience de deux ou trois points sur lesquels il fallait travailler.

J’ai vu dès le second match préparatoire contre Tampa que les choses avaient été assimilées. »

Rapport différent

Autre détail non négligeable, Nancy a pris la barre d’une équipe dont il était l’adjoint depuis 2016. Les joueurs l’ont donc connu dans un autre rôle.

Il y avait donc une transition à faire pour eux, mais aussi pour lui puisque le rapport change selon le poste qu’un entraîneur occupe.

« Automatiquement, l’assistant avait un rôle d’aider le coach à prendre des bonnes décisions. Avec les joueurs, j’avais une relation plus individuelle.

« Comme coach, je suis toujours le même et par mon statut, les joueurs n’ont pas la même approche qu’auparavant, mais j’aime toujours discuter avec eux et les embêter de temps en temps. »

N’empêche que même s’il leur tire la pipe à l’occasion, il exige plus de structure et est ferme. « Avant, les joueurs venaient plus facilement vers moi parce que je ne prenais pas les décisions, alors que maintenant, comme je prends les décisions, ils sont moins portés à venir vers moi. »

Dures décisions

Être entraîneur-chef, c’est aussi gérer des ego et des réactions. À ce titre, Wilfried Nancy a la chance d’avoir un effectif jeune, ce qui lui simplifie la tâche.

Il compte toutefois sur une plus grande profondeur que ses prédécesseurs, ce qui fait qu’il doit gérer les attentes et le temps de jeu.

« C’est un travail de tous les jours de discuter et d’échanger avec des joueurs qui jouent et des joueurs qui ne jouent pas pour qu’ils se sentent toujours concernés.

« Je ne veux pas mentir aux joueurs. S’ils ne jouent pas, c’est parce que les joueurs que je mets performent mieux pour le moment. Mais je veux voir tout le monde progresser continuellement. On doit toujours avoir des yeux sur tous les joueurs. »

Le cerveau fume

Wilfried Nancy est ce qu’on appelle dans le jargon sportif un étudiant du jeu. Il lit des livres sur le soccer et en avion, il est souvent à son ordi en train de travailler.

Disons que la charge de travail n’a pas diminué maintenant que c’est lui qui prend toutes les décisions.

« J’avais déjà une bonne charge comme adjoint, mais je travaille encore plus comme chef. Le métier exige qu’on soit précis avec les joueurs et pour le faire, c’est beaucoup de travail.

« Ce qui est différent, c’est qu’en tant qu’entraîneur-chef, le cerveau fume parce qu’on est toujours en train de penser à tout. C’est plus fatigant mentalement. »

Histoire de maintenir une bonne santé mentale, il est toutefois essentiel qu’il appuie sur pause à l’occasion, ce qu’il n’hésite pas à faire.

« Je m’octroie du temps parce que j’en ai besoin et parce que si on n’est pas frais, le message ne passe pas. »

« Pour décrocher, j’écoute de la musique, je lis, je fais du sport et quand je suis à Montréal, il y a la famille. Je joue aussi au golf. »

Un citoyen du monde 

Wilifried Nancy a dirigé quelques séances du CF Montréal au Centre Nutrilait avant de prendre la direction de la Floride.
Photo Martin Chevalier
Wilifried Nancy a dirigé quelques séances du CF Montréal au Centre Nutrilait avant de prendre la direction de la Floride.

On peut dire de Wilfried Nancy qu’il est un citoyen du monde et que son arbre généalogique comporte un réseau important de racines.

Le Français d’origine est arrivé à Montréal il y a une quinzaine d’années et a fait son entrée dans le soccer québécois par l’entremise des Citadins de l’UQAM, dans les rangs universitaires.

« Je me considère Québécois parce que je suis très fier d’avoir ma citoyenneté canadienne et j’adore comment le peuple québécois m’a accueilli. »

Il se considère aussi citoyen du monde puisqu’il a beaucoup voyagé, mais il reconnaît l’importance de Montréal et du Québec dans son parcours.

« Je ne sais pas combien de temps je serai à Montréal, mais elle a une place particulière dans mon cœur parce que c’est ici que j’ai fondé ma famille et que j’ai grandi sportivement. »

Famille dispersée

Si Wilfried Nancy se considère citoyen du monde, c’est peut-être aussi parce que sa famille couvre trois continents.

Son père est originaire de la Guadeloupe. Sa mère est originaire du Cap-Vert, mais a grandi au Sénégal.

« Je suis né au Havre dans le nord de la France et j’ai fait toute ma jeunesse un peu partout.

« Je suis ensuite revenu dans le sud de la France. Mon père était dans la marine et était basé à Toulon. »

Mais ce n’est pas fini. Sa sœur habite à New York, où sa mère a vécu de nombreuses années avant de s’installer en Floride il y a deux ans. Et son père ? Il réside à Dakar, au Sénégal, depuis une vingtaine d’années.

Fierté

Cette diversité est une source de fierté pour lui parce que c’est ce qui l’a forgé et ce qui lui a permis d’être ouvert d’esprit.

Quand on lui dit que de ses parents il a hérité d’un côté « cool et relax » typique des Antilles et de l’Afrique alors qu’il a retenu la rigueur française, il opine avec emphase.

« C’est une très belle façon de le dire. J’adore mes différentes cultures. À la maison, les plats traditionnels sont très importants puisque ma femme est Haïtienne.

« C’est important que les enfants connaissent la musique africaine et antillaise. C’est ce qui fait qu’ils seront très ouverts à apprendre. »

Quant à lui, il a une détermination à toute épreuve, mais ne s’étouffe pas avec la manière.

« C’est important de savoir ce que l’on veut. J’ai besoin d’avoir une vision claire pour mettre les choses en place, mais je ne suis pas protocolaire. Je peux le faire par petits bouts, mais je suis précis. Mais j’ai aussi des moments où je suis déconnecté, un peu baba cool. »

Et c’est exactement ce qu’il dégage quand on le connaît ne serait-ce qu’un peu.