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Denis Coderre a fait jouer ses contacts pour la F1

Il a appelé des dirigeants du circuit à la demande du ministre de l’Économie

Grand Prix du Canada - Formule 1
Photo d’archives, Martin Chevalier et Agence QMI, Joël Lemay On voit ici le départ de la dernière course du Grand Prix de F1 du Canada à avoir été disputée à Montréal, en 2019. L’épreuve devrait revenir l’an prochain, après avoir été annulée deux ans de suite en raison de la COVID-19. Denis Coderre (en mortaise) s’est impliqué discrètement dans le sauvetage de l’événement.

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Le candidat à la mairie de Montréal Denis Coderre est intervenu personnellement auprès des grands bonzes de la Formule 1 afin de faciliter le renouvellement d’une entente pour le Grand Prix du Canada.

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M. Coderre, dont le dernier mandat à la mairie de Montréal s’est conclu sur un fiasco dans l’organisation d’une course automobile, s’est impliqué en coulisses à la demande du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

« Il m’a demandé si je pouvais faire quelques appels, je les ai faits et les messages ont passé », a-t-il déclaré dans une entrevue à notre Bureau d’enquête.

Fin avril, M. Coderre a contacté directement le président de la Fédération internationale de l’automobile, Jean Todt. Il a également joint des membres de l’entourage de Stefano Domenicali, président et chef de la direction de la Formule 1, qui détient les droits du championnat.

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« J’ai parlé avec M. Todt, a dit M. Coderre. J’ai parlé à des gens proches de Stefano. J’ai passé des messages, il y avait des canaux. »

Son engagement dans le dossier est demeuré limité.

« C’était l’affaire d’une journée, a-t-il dit. Ils répondent vite au téléphone quand je les appelle. »

Prolongation de contrat

Les gouvernements fédéral et provincial, la Ville de Montréal ainsi que Tourisme Montréal ont annoncé conjointement le 28 avril que deux années supplémentaires avaient été ajoutées au contrat actuel liant le Grand Prix du Canada à la F1, jusqu’en 2031.

Les contribuables devront payer en moyenne près de 20 millions $ par année, de 2022 à 2029, pour contribuer à l’organisation de l’événement sur le circuit Gilles-Villeneuve. Les deux années de prolongation vont coûter plus cher, soit 25 M$ (2030) et 26 M$ (2031). 

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

M. Coderre a dit qu’il ne s’est pas impliqué dans les négociations formelles, qui ont été menées par M. Fitzgibbon avec la Formule 1.

« C’est M. Fitzgibbon qui négociait directement avec Stefano », a expliqué l’ex-député fédéral.

Expérience

Le cabinet du ministre a confirmé les contacts entre MM. Fitzgibbon et Coderre. 

« Le ministre a appelé M. Coderre pour connaître son expérience avec la F1 », a dit l’attaché de presse Mathieu St-Amand.

Selon M. Coderre, M. Fitzgibbon a négocié « avec brio, d’ailleurs ». 

« Je ne prends pas de crédit. J’ai donné un coup de main », a-t-il dit.  

Il dit avoir travaillé un an pour la Fédération de l’automobile  

Denis Coderre affirme qu’il a cessé de travailler pour la Fédération internationale de l’automobile (FIA) depuis plus d’un an, même si les informations publiées sur sa page LinkedIn indiquent qu’il n’est plus employé par l’organisation qui encadre le sport automobile depuis mars dernier.

« Je n’ai fait qu’un an, dit M. Coderre. Il y a eu la pandémie ensuite. »

L’ex-maire de Montréal a été embauché par la FIA en janvier 2019, un peu plus d’un an après sa défaite électorale. 

Il n’a pas voulu donner de précisions sur les circonstances qui ont mené le président de la FIA, Jean Todt, à retenir ses services.

« On a parlé avec M. Todt et on s’est entendus tout simplement, ce n’est pas une question de qui a demandé à qui », tranche-t-il.

Formule électrique

Dans ses fonctions à la FIA, M. Coderre était notamment chargé de promouvoir l’électrification des transports en marge de courses de Formule électrique.

À titre de maire de la métropole québécoise, il a été à l’origine de la décision d’accueillir l’événement en 2017, qui s’est avérée un fiasco financier.

Le Bureau de l’inspecteur général de Montréal a produit, en 2018, un rapport accablant quant au rôle que M. Coderre et son cabinet ont joué dans ce dossier.

Il concluait que son administration avait créé un organisme à but non lucratif, Montréal c’est électrique (MCE), pour contourner les règles d’appels d’offres.

Poursuites

Après avoir battu M. Coderre en 2017, la mairesse Valérie Plante a annulé l’entente conclue par MCE, ce qui lui a valu, ainsi qu’à la Ville, d’être poursuivie par le promoteur Formula E Operations, qui est relié financièrement à la FIA.

L’homme de 57 ans a refusé de répondre aux questions sur ce dossier épineux.

« Je n’ai pas de squelettes dans le placard », a-t-il dit.

Ce dernier a concédé qu’il aurait mieux valu révéler que 20 000 billets avaient été donnés, soit presque autant que le nombre de 25 000 qui ont été vendus.

« Il y a des choses en termes de communication qu’on aurait dû faire autrement », a admis M. Coderre.

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