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Évaluation de l’Ordre: des infirmières auxiliaires critiquent un examen

Des étudiantes ont échoué trois fois à l’évaluation et doivent recommencer leur formation en santé

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Frédérique Marchand-Bossé, 20 ans, Andréane Roy-Lévesque, 29 ans, Christina Chaurette, 23 ans, et Estelle Kaboré, 37 ans, ont vu leurs plans de carrière chamboulés après un troisième échec à l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires.

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Des infirmières auxiliaires diplômées dénoncent les méthodes d’évaluation de leur ordre professionnel, qui les condamne à ne jamais pratiquer « le métier de leurs rêves » à moins de recommencer leur formation à zéro.

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«Une histoire d’un demi-point fait en sorte que deux ans à l’école, tes stages, tous tes efforts, ça ne vaut rien», déplore la gorge nouée Estelle Kaboré, une finissante de 37 ans.

Il y a quelques semaines, elle a échoué pour la troisième fois l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ), qui octroie le droit de pratique dans la province. 

Et après trois échecs à un examen à 125 questions à choix de réponses, l’OIIAQ ferme le dossier des candidats jusqu’à nouvel ordre.

Une personne dans cette situation doit recommencer sa formation et obtenir un nouveau diplôme avant de pouvoir reprendre l’examen, explique l’Ordre par courriel.  

«Ça m’a anéantie. Je ne me vois pas faire autre chose», confie Mme Kaboré, qui s’est dévouée corps et âme à titre d’infirmière auxiliaire en attente de son permis dans des unités de COVID, de cardiologie et de médecine générale à l’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil, depuis mars 2020. 

Une demande de révision de sa note à l’un des examens — il ne lui manquait que 0,5 point — n’a rien changé au verdict. 

A), B), C) ou D)?

Cinq des huit finissants d’une cohorte du DEP en Santé, assistance et soins infirmiers du Centre de formation professionnelle des Patriotes, à Sainte-Julie, cumulent aussi trois échecs, souvent pour une histoire d’un ou deux points. 

«Un ordinateur a corrigé mon examen et a décidé que je n’étais pas apte», se fâche Frédérique Marchand-Bossé, 20 ans, en déplorant que l’examen de l’Ordre se limite à des questions à choix de réponses. 

Comme elle, plusieurs finissantes souhaiteraient qu’il comprenne aussi des questions à développement ou un volet d’évaluation pratique. 

«Ça me dérangerait pas de me faire suivre une journée sur le plancher», illustre Christina Chaurette, 23 ans, employée par les résidences Soleil, à Sainte-Julie, qui doit désormais se contenter du statut de préposée aux bénéficiaires, malgré ses études.

«C’est sur le terrain qu’on voit qui est bon. Sur le papier, ça ne veut rien dire», ajoute Estelle Kaboré.

Il faut dire que toutes n'ont pas les mêmes forces en théorie et en pratique, fait remarquer Ghyslaine Daigle, qui a longtemps enseigné à la relève des infirmières auxiliaires.

«J’ai eu des élèves qui avaient beaucoup de difficultés au niveau théorique, mais qui étaient extrêmement performantes et appréciées dans les milieux cliniques», illustre la chargée de cours, dont la maîtrise portait sur le savoir professionnel de ces infirmières.

Une autre fois

Les quatre diplômées avec lesquelles le Journal s’est entretenu aimeraient surtout pouvoir retenter leur chance à l’examen de l’ordre, qui limite à trois le nombre de tentatives pour le réussir.

«Pourquoi trois? Pourquoi pas cinq? Ce chiffre n’est pas immuable. Je serais plus inclusive et je donnerais la chance au candidat», affirme Marie Alexandre, professeure en sciences de l'éducation à l’Université du Québec à Rimouski qui s’est penchée sur la formation des infirmières auxiliaires. 

L’Ontario et la Colombie-Britannique permettront d’ailleurs à leurs candidates de passer l’examen pour obtenir ce permis autant de fois qu’elles le souhaitent dès janvier prochain, comme c’est le cas pour l’examen de conduite par exemple. 

Quelle pénurie?

Pour les quatre finissantes, cette impossibilité d’obtenir un permis d’exercice est particulièrement difficile à digérer alors que le Québec connait une pénurie de personnel dans le milieu de la santé. 

« «Je me suis dit « tant pis pour vous, je m’en vais faire autre chose, vous venez d’en perdre une»», dit Mme Marchand-Bossé, qui commencera sous peu une technique en Technologie de radiodiagnostic. 

Questionné par le Journal, l’OIIAQ n’a pas expliqué pourquoi il privilégiait un examen à choix de réponses, ou s’il envisageait d’augmenter le nombre de tentatives maximales pour passer l’examen.

En règle générale, 20 % des candidats ne parviennent pas à réussir l’examen de l’Ordre en trois tentatives et doivent se réorienter vers une autre profession. 

En 2021, 99 candidats déjà ont vu leur dossier fermé, sur environ 500 qui ont passé l’examen en mars dernier. 

  «Cela nous amène à nous questionner sur les impacts de la pandémie sur les candidats», a indiqué par écrit Carole Grant, présidente de l’Ordre. 

Au Centre de services scolaire des Patriotes, on promet d’analyser les facteurs qui pourraient expliquer un taux d’échec si élevé à l’examen de l’Ordre parmi ses diplômés.

Quelques différences entre les types d’infirmières   

  • Une infirmière auxiliaire possède un diplôme d’études professionnelles (DEP) en santé, assistance et soins infirmiers.    
  • Elle peut contribuer à évaluer l’état de santé d’une personne et réaliser un plan de soins. Cependant, certains actes médicaux sont réservés aux infirmières, qui détiennent au moins un diplôme collégial en soins infirmiers.    
  • Les infirmières cliniciennes, elles, sont titulaires d’un diplôme universitaire.    
  • Quant aux superinfirmières, ou infirmières praticiennes spécialisées, elles ont une maîtrise et un diplôme d’études spécialisées.    
  • Dans tous les cas, les diplômées de ces programmes doivent réussir un examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec ou de l’Ordre des infirmières et infirmiers
    auxiliaires du Québec pour obtenir le droit de pratique.       

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