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Près de 300 itinérants ont réussi à se sortir de la rue dans la dernière année

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Même si la population itinérante a continué de croître durant la pandémie à Montréal, près de 300 personnes sont parvenues à se sortir de la rue dans la dernière année.

«Ce qui nous a aidés, c’est la visibilité qu’on a eue lors de la pandémie. On a été capables de rejoindre des personnes qu’on n’avait jamais pu rejoindre», avance le président-directeur général de Mission Bon Accueil, Samuel Watts. 

La crise sanitaire a pesé lourd sur le bien-être de la population, une tendance qui se reflète dans le travail des intervenants de première ligne. 

Samuel Watts
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
Samuel Watts

«On est conscients qu’il y a de nouveaux individus dans le domaine de l’itinérance à cause de la pandémie. Ça soulève des enjeux importants. Il y a peut-être eu plus de cas de toxicomanie et de santé mentale», observe M. Watts.

Alors que le nombre de personnes ayant réussi à se loger est comparable à celui observé dans les dernières années, les besoins de la population sont grandissants.

On compte actuellement plus de 1500 places d’hébergement d’urgence au total dans l’ensemble des refuges. Quelque 930 d’entre elles sont temporaires. Elles ont été mises en place pour abriter les itinérants durant la pandémie et seront accessibles au moins jusqu’au 30 juin.

Au début du mois d’avril, Le Journal avait fait état des inquiétudes des organismes en itinérance de Montréal, qui sont en quête de nouvelles solutions pour la période estivale à venir. 

Accompagnement

Malgré la crise du logement qui sévit à Montréal, Mission Bon Accueil a lancé il y a un peu plus d’un mois le programme Bienvenue. 

Ce projet pilote, financé par le gouvernement fédéral, consiste à accompagner des personnes qui sortent de l’itinérance et qui sont en quête d’un logement.  

Les trois premiers loyers sont partiellement financés, et les bénéficiaires touchent également de l’argent pour faire leur épicerie. 

«Le but, c’est qu’après trois mois, la personne soit capable de voler par elle-même. [Ensuite], on continue d’offrir un soutien psychosocial», dit Jean-Michel Gélinas, intervenant à Mission Bon Accueil et superviseur du projet pilote.

Laurent Lavoie / JdeM

Bien que le programme soit jeune, des démarches ont été amorcées auprès d’une centaine de personnes.

Une nouvelle étape 

Un Montréalais veut passer à un nouveau chapitre de sa vie après un long séjour dans la rue qui a été marqué par sa dépendance à la cocaïne. 

«Je me sens très bien. Je suis content au boutte», fait savoir André Meloche au Journal, sans cacher sa fierté. Il cumule une dizaine d’années en situation d’itinérance.

Laurent Lavoie / JdeM

La Mission Bon Accueil l’a récemment approché, alors qu’il était dans une tente devant l'Hôtel Place Dupuis, dans le centre-ville de Montréal. Cela fait maintenant plus d’une semaine qu’il vit dans son nouvel appartement. 

L’ultime défi de l’homme de 49 ans sera de lutter contre ses problèmes de consommation, lesquels ont commencé au début de son adolescence. «C’est imprégné en moi. J’ai fait ça toute ma vie, mentionne-t-il. Je vais tenir mon bout, j’ai assez souffert.»

Le décès de sa mère — en raison d’un cancer, alors qu’il était âgé de 17 ans — et un divorce l’ont mené au fond du baril.

«Ce sont des émotions que je n’ai pas gérées. Ça, je le sais aujourd’hui. Je suis en train d’essayer de savoir comment ça fonctionne, ce mécanisme-là», dit André Meloche.

Il ne compte pas se trouver bientôt un emploi, voulant d’abord instaurer une stabilité dans son quotidien, en mangeant, se lavant, s’habillant avec des vêtements propres. 

«Juste ces petites affaires-là, ça ne paraît pas, mais après 10 ans à être acculé au pied du mur, il faut sortir du coin du mur», fait valoir M. Meloche.

Lutter contre la dépression 

Les places temporaires visant à abriter les personnes en situation d’itinérance durant la pandémie ont permis à une Québécoise de lutter contre sa dépression.

«Plus tu restes longtemps dans la rue, plus tu souffres», martèle Karine Gauthier, qui garde un vilain souvenir du froid de l’hiver québécois.

Laurent Lavoie / JdeM

Alors qu’elle vivait dans une maison de chambres à Québec, Mme Gauthier raconte avoir subi de la violence psychologique par ses voisins. Elle a décidé de partir avant que sa santé mentale ne se détériore davantage.

«J’ai préféré dormir dans la rue que de dormir où est-ce que j’étais», indique la femme de 40 ans.

Rendue à Montréal, Karine Gauthier a été approchée par des intervenants de Mission Bon Accueil, après plus de deux mois d’itinérance. 

«Ils m’ont dit: “Veux-tu avoir un logement?” Je me suis comme mis à rire dans ma tête», se souvient celle qui a aussi pu être logée à l'Hôtel Place Dupuis. 

Convaincre un propriétaire de signer un bail sans s’être lavé récemment ou sans pouvoir porter des vêtements propres est pratiquement impossible, considère Mme Gauthier. 

«Les propriétaires te regardent et ils ont envie de te cracher dessus, mais quand tu es accompagné, ils te prennent plus au sérieux», soutient-elle.

Maintenant qu’elle est logée, Karine Gauthier pourrait se retrouver en emploi en mécanique industrielle, un domaine dans lequel elle a eu un diplôme.