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Ça vous tente encore d’écrire en français?

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La télévision et la radio ont une grande influence sur la langue que nous parlons à la maison et au travail.

Il suffit pour s’en convaincre de penser à des patois comme « gunbitch » ou « ostin d’beu » qu’on a répétés durant toute une génération, sans parler des expressions pittoresques de Dominique Michel dans Moi et l’autre ou des slogans lancés par Olivier Guimond dans ses pubs de bière. Les enfants sont encore plus perméables que les adultes à la langue des émissions de télé qu’ils regardent.

La télévision a transformé la langue des Québécois. Les plus jeunes, par exemple, ne savent probablement pas que sans René Lecavalier, ils parleraient de « puck », de « goal » et de « off side » lorsqu’ils jouent au hockey. 

Avec le concours de l’Office de la langue, la télévision a francisé le vocabulaire de l’auto et de la mécanique. C’est aussi grâce à la télévision de Roger Baulu, de Henri Bergeron, de Pierre Nadeau, de Judith Jasmin, de Lisette Gervais et de dizaines d’autres commentateurs, reporters et artistes que les Québécois ont enrichi leur vocabulaire et appris à s’exprimer correctement.

LES TEMPS ONT CHANGÉ

C’était l’époque où Radio-Canada embauchait de féroces cerbères de la langue, appelés Jean-Marie Laurence ou Jacques Laurin. On était peut-être moins pointilleux à Télé-Métropole, mais Robert L’herbier et Vincent Gabriele n’en étaient pas moins d’impitoyables censeurs des textes de téléroman. Ils n’y toléraient ni sacres, ni blasphèmes, ni propos scabreux.

Les temps ont changé, mais pas pour le mieux. Si les lecteurs de nouvelles et la plupart des journalistes et des commentateurs de la télévision s’efforcent de parler à peu près correctement, c’est la débandade dans les séries dramatiques, les émissions de variétés et les galas d’humour. Comme dirait sans doute très élégamment l’infatué Guy-A. Lepage : « Le français, on s’en câlisse ! » 

Si Victor-Lévy Beaulieu avait réservé quelques sacres discrets à certains personnages de ses feuilletons, les auteurs des feuilletons d’aujourd’hui garnissent leurs dialogues de tous les saints du ciel et ne se gênent surtout pas pour faire jurer les femmes. Sacrer est devenu pour les Québécoises l’ultime marque de leur égalité avec les hommes. Sacrer, c’est la fine fleur du snobisme féminin. Plutôt que tout ce qu’elle a fait précédemment, c’est probablement « L’amour crisse ! » qui fera passer Louise Latraverse à la postérité. Triste legs !

DES CAS DÉSESPÉRÉS

J’ai lu avec attention le projet de loi 96. Exactement 201 articles et 96 pages (sans les annexes) de bonnes intentions et de mesures minutieuses pour lesquelles, comme disait feu Jacques Parizeau : « Personne ne se battra dans les autobus ». Dans sa chronique de dimanche dernier, mon collègue Richard Martineau posait la question suivante à ses lecteurs : « Est-ce que ça vous tente encore de vivre en français ? » 

À Chantal Cadieux (Une autre histoire), à Isabelle Langlois (Lâcher prise), à Michelle Allen (L’échappée), à Danielle Trottier (Unité 9), à Marie-Andrée Labbé (Trop), à Luc Dionne (District 31), à Louis Morissette (Plan B) ainsi qu’à tous les autres auteurs si talentueux de notre télévision, je pose une question identique : « Est-ce que ça vous tente encore d’écrire en français ? »

Au train où la langue que vous prêtez à vos personnages dégrade celle que nous parlons dans la vie, vaudrait mieux que vos petits-enfants s’inscrivent dans un cégep anglophone s’ils veulent être compris à l’extérieur du Québec. Si je ne parle pas des humoristes, c’est que la plupart sont, en matière de langue, des cas désespérés.