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Erin O’Toole, le funambule

Erin O’Toole, le funambule
AFP

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Si nous avons collectivement hâte de mettre la pandémie derrière nous et de retrouver le cours normal de notre vie, Erin O’Toole doit être en train de prier tous les saints pour passer à un autre appel.  

Et ce n’est certainement pas le «maudit» virus qui lui fait faire des insomnies, mais plutôt les conséquences politiques qui en découlent. La gestion de la pandémie par les différents gouvernements conservateurs provinciaux a fait couler beaucoup d’encre. À l’exception du Québec, où François Legault trône dans les sondages, les premiers ministres conservateurs provinciaux ont vu leurs appuis fondre comme neige au soleil, ce qui fait craindre à O’Toole de devenir coupable par association et de connaître le même sort. 

«Damned if you do»

Ainsi, le leadership de Jason Kenney, autrefois considéré comme une figure de proue du mouvement conservateur de l’ouest du pays, est contesté non seulement par la population, mais également par des membres de son propre caucus. D’ailleurs, le mois dernier, 16 membres du caucus gouvernemental ont publié sur les réseaux sociaux une lettre commune affirmant que les restrictions sanitaires annoncées étaient une atteinte aux libertés individuelles et allaient trop loin! Certains ont d’ailleurs été exclus du caucus pour avoir demandé la démission du premier ministre. 

C’est une réelle crise de leadership que vit celui qui aspirait, selon les rumeurs, au poste de premier ministre du Canada. Les derniers sondages laissent croire que, si des élections législatives provinciales étaient déclenchées en Alberta aujourd’hui, les démocrates de Rachel Notley rafleraient la mise et seraient élus majoritaires! 

«Damned if you don’t»

En Ontario, alors que le premier ministre conservateur Doug Ford a dû faire face, durant les dernières semaines, à une vague meurtrière de COVID-19, c’est tout le cafouillage dans la gestion de cette pandémie qui a été mis au grand jour. 

On se rappelle les larmes de Doug Ford demandant pardon aux Ontariens et reconnaissant, du même souffle, l’échec de son gouvernement dans la gestion de cette pandémie. Parions que les partis d’opposition utiliseront cette image lors des publicités électorales provinciales qui auront lieu dans un an. 

Alors que les Albertains accusent leur gouvernement d’être trop interventionniste, voire liberticide, les Ontariens reprochent au gouvernement Ford sa trop longue hésitation avant d’agir pour contrôler la situation épidémiologique. C’est peut-être ça, les deux solitudes, après tout. 

Erin O’Toole: mission impossible  

Devant cette division du vote conservateur, il devient délicat, pour ne pas dire impossible, pour Erin O’Toole, d’adopter une posture efficace comme chef fédéral de l’opposition officielle. Son défi est double: tenir un discours responsable et prudent à propos des différentes mesures liées à la COVID et mobiliser ses troupes, notamment de l’Ouest, en vue de la campagne électorale fédérale de la fin de l’été. 

Comment faire?

Il devra donc trancher. De quel côté penchera-t-il? Celui des Albertains qui contestent les mesures sanitaires, affirmant qu’elles portent atteinte à leurs libertés individuelles, ou celui des Ontariens qui reprochent à leur premier ministre d’avoir trop tardé pour agir? 

Portera-t-il à la Chambre des communes les demandes de Doug Ford, qui réclame depuis quelques jours au gouvernement fédéral l’interdiction des vols domestiques non essentiels, ou celles de sa base militante albertaine, qui remet en question le port du masque et la fermeture des commerces non essentiels, et qui crie à la dictature sanitaire? 

Alors que l'on voit poindre à l'horizon les élections fédérales, il sera important, pour Erin O’Toole, de développer un narratif responsable et assumé. Chose certaine, il ne pourra plus maintenir le flou artistique visant à ménager la chèvre et le chou. Lorsqu’on veut diriger le pays, on doit être clair et limpide concernant ses positions (parlez-en à Andrew Sheer!). À force de vouloir plaire à tout le monde, on risque de déplaire à tous. 

Il y va de sa crédibilité à titre d’aspirant premier ministre.