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La petite fille de Saint-Nazaire dans la grande ligue

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Photo d'archives Agence QMI, Dominic Chan Danielle Goyette lors de son intronisation au Temple de la renommée du hockey à Toronto, en 2017.

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Danielle Goyette récolte ce qu’elle a semé. En 2017, elle est devenue la première Québécoise intronisée au panthéon du hockey. Hier, les Maple Leafs de Toronto en ont fait la première Québécoise à hériter d’un poste lié aux opérations hockey avec une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Goyette travaillera avec sa grande amie Hayley Wickenheiser, au côté de qui elle a évolué une quinzaine d’années sur la scène internationale. 

Les deux se connaissent depuis plus de 25 ans. Leur relation s’apparente à celle entre deux sœurs. Il n’y a pas de filtre entre elles. Elles se disent tout. Que ce soit bon ou mauvais.

Employée par les Maple Leafs depuis trois ans, Wickenheiser a été promue directrice seniore du développement des jeunes joueurs de l’organisation, à la suite du départ de Stéphane Robidas, le mois dernier.

L’ancien défenseur de la Ligue nationale a réorienté sa carrière de gestionnaire dans le hockey en succédant à Félix Potvin derrière le banc des Cantonniers de Magog, de la Ligue de hockey midget AAA.

Grande surprise

C’est alors que Wickenheiser a donné un coup de fil à son amie Goyette.

« Elle me parlait de son travail et de ses plans, de raconter Goyette. 

« Je l’écoutais toujours quand elle m’a lancé : “Ben là, la personne que je recherche pour travailler avec moi, c’est toi !” Je lui ai répondu : “Tu n’es pas sérieuse ?” »

Goyette s’est accordé une période de réflexion. Elle portera le titre de directrice du développement des joueurs.

Journée de fou !

Son téléphone a commencé à sonner à 8 h 30 (10 h 30 à Montréal), hier matin, à Calgary. Il était 18 h 15 à Montréal quand elle a rendu mon appel en début de soirée.

Entre-temps, elle avait participé à une conférence de presse virtuelle sur Zoom, en plus de donner plusieurs entrevues individuelles.

Ah ! oui, avant de répondre aux demandes des médias, il lui avait fallu annoncer la nouvelle de son départ à ses filles de l’équipe de l’Université de Calgary, où elle se préparait à entreprendre une 15e saison comme directrice et entraîneuse du programme de hockey féminin de l’institution.

L’accent va rester

Son arrivée dans l’organisation torontoise est survenue à trois jours du début de la série entre les Leafs et le Canadien.

Drôle de hasard !

Vous pensez bien qu’on lui a demandé comment elle se sentait à l’approche de cet affrontement maintenant qu’elle fait partie de l’organisation torontoise.

« Comme je l’ai dit en conférence de presse, je ne peux pas changer mon accent français, a-t-elle répondu.

« Mais je peux changer mes allégeances. Mon désir est que les Maple Leafs jouent bien. »

Les samedis soirs devant la télé

Mais elle ne renie pas son passé.

« J’ai tout appris du Canadien ! » s’est-elle exclamée en se remémorant ses samedis soirs devant le téléviseur dans sa jeunesse.

La petite fille de Saint-Nazaire-d’Acton a fait du chemin depuis.

Elle ne parlait pas un mot d’anglais quand elle est partie pour Calgary en 1996, bagages, poche d’équipement et vélo entassés dans sa Mazda 323. 

Son but était de mériter un poste avec la première équipe féminine olympique canadienne pour les Jeux de Nagano, en 1998.

La suite est tout ce qu’il y a d’extraordinaire. Danielle possède dans sa collection de trophées deux médailles d’or olympiques qu’elle a remportées aux Jeux de 2002, à Salt Lake City, et de 2006, à Turin.

Elle a contribué aussi à la conquête de huit médailles d’or et d’une médaille de bronze par le Canada aux Championnats mondiaux. 

Quand le train passe

Danielle était heureuse dans son travail de directrice et d’entraîneuse en chef du programme de hockey féminin de l’Université de Calgary.

Elle faisait tout et, quand on dit tout, c’était tout ! Elle jouait à la mère quand il le fallait, planifiait les déplacements et aiguisait les lames de patin de ses filles. Mais comme elle raffole du hockey, elle était heureuse.

Elle s’est demandé si, à 55 ans, elle faisait bien de quitter cet emploi garanti qui lui a permis de miser pour se bâtir une solide caisse de retraite.

« Peu de gens ont des bons de pension, a-t-elle dit.

« Or, j’ai perdu mes parents étant jeune et j’ai grandi en me disant qu’il me faillait faire quelque chose que j’aime dans la vie. Des amis m’ont dit que plus longtemps je resterais au service de l’université, plus d’argent j’aurais dans mon fonds si je vis jusqu’à 90 ans.

« D’autres connaissances m’ont incitée à embarquer dans le train pendant qu’il passait. J’aime les défis et celui-là en est un que je ne pouvais pas laisser passer. Les heures passent et je n’en reviens toujours pas ! »

Le pouvoir à deux femmes

Le choix de Goyette est tout à l’honneur de Wickenheiser. D’avoir déjà une femme à la tête du développement des joueurs aurait pu l’inciter à choisir un homme.

Elle s’en est tenue à ses convictions et a engagé la personne qu’elle jugeait apte pour le poste. 

Goyette a l’habitude de travailler avec des joueurs de la Ligue nationale. L’été, elle prodigue des cours de perfectionnement de patinage, à Calgary. Brayden Point a eu recours à ses services.

« Le directeur général des Leafs, Kyle Dubas, est fantastique ! a continué Goyette.

« Il est ouvert. Il fait confiance à son monde. Que ce soit un homme ou une femme, ça ne fait pas de différence pour lui.

« Quant à Hayley, je sais comment elle opère et elle sait comment je travaille. »

Goyette déménagera à Toronto, mais elle n’entend pas se départir de sa maison de Calgary. Elle la mettra probablement en location.

« Je ressens les mêmes émotions que lorsque j’ai appris mon élection au Temple de la renommée, a-t-elle encore dit.

« Je me vois quand je vais mettre mes patins pour la première fois dans mon nouveau rôle le 1er juillet. Je suis vraiment excitée ! »