/world
Navigation

Pour la neutralité carbone, pas de nouveaux projets liés aux énergies fossiles, dit l’AIE

Coup d'oeil sur cet article

Paris | Oublier dès «maintenant» tout projet d’exploration pétrolière ou gazière et ne plus vendre de voitures thermiques neuves au-delà de 2035: ce sont les mesures nécessaires pour atteindre au milieu du siècle la neutralité carbone et avoir une chance de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, estime l’Agence internationale de l'énergie.

Le chemin est «étroit», mais encore «praticable», et il promet «d’énormes bénéfices» tant sur le plan des emplois qu'en matière de santé ou de croissance économique, note l’AIE, qui publie mardi, à six mois de la COP26 de l’ONU, une feuille de route permettant de réussir cet objectif.

La «neutralité carbone», qui consiste à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que le monde ne peut en absorber, implique de changer de paysage énergétique avec un déclin accéléré de la demande en combustibles fossiles et une montée en puissance des énergies renouvelables.

«Au-delà des projets déjà engagés en 2021, notre trajectoire ne prévoit aucun nouveau site pétrolier ou gazier», note ainsi l’agence. «La baisse rapide de la demande de pétrole et de gaz naturel signifie qu’il n’y a pas d’exploration requise et qu’aucun champ gazier et pétrolier nouveau n’est nécessaire au-delà de ceux déjà approuvés.»

Pour le charbon, le plus nocif, dont la consommation est repartie de plus belle, le monde doit déclarer la fin des décisions d’investissement pour de nouvelles centrales électriques.

Au contraire, le secteur électrique devra avoir atteint mondialement la neutralité carbone dès 2040. Ce qui impose d’ici 2030 de multiplier par quatre les capacités solaires et éoliennes annuelles par rapport à 2020, une année record.

Pour 2050, l’agence voit ainsi 90% de l’électricité venir des énergies renouvelables, et une large part du reste proviendrait du nucléaire. Les ressources fossiles ne fourniront plus qu’un cinquième de l’énergie (contre 4/5 aujourd’hui).

Mais pour cela, les ventes de voitures neuves à moteur thermique doivent cesser dès 2035. Les calculs de l’AIE rejoignent ainsi ceux de l’ONG Transport & Environment. Dans les faits, pourtant, la plupart des constructeurs n’en sont pas là — même si quelques-uns sont plus allants.

L’efficacité énergétique devra aussi croître de 4% par an dès cette décennie, soit trois fois plus que le rythme moyen des deux dernières décennies.

Coup de couteau et défis

«L’ampleur et la rapidité des efforts requis par cet objectif critique et formidable — notre meilleure chance d’affronter le changement climatique et de limiter le réchauffement global à 1,5 °C — en font peut-être le plus grand défi que l’humanité ait jamais eu à relever», admet le directeur de l’AIE, Fatih Birol.

«Placer le monde sur cette trajectoire requiert une action forte de la part des gouvernements, soutenus par une coopération internationale bien plus importante», ajoute l’économiste, alors que quelque 785 millions de personnes sont encore sans électricité.

Au total, cette trajectoire ferait passer l’investissement dans le secteur énergétique à 5000 milliards de dollars annuellement d’ici 2030. Ce qui ajouterait 0,4 point de croissance par an au PIB mondial, indique l’AIE dans une analyse menée avec le FMI.

Les défis ne manquent pas, inhérents à la part accrue de l’électricité, par exemple aux besoins en métaux rares, qui sont nécessaires pour les technologies nouvelles, mais sont concentrés dans un petit nombre de pays et porteurs d’instabilité si le marché n’est pas organisé, insiste l’AIE.

Enfin, le scénario repose en partie sur des technologies encore indisponibles.

En 2050, près de la moitié des réductions d’émissions de CO2 viendront de technologies aujourd’hui au stade de la démonstration, dit l’AIE: des batteries avancées, de l’hydrogène vert compétitif, mais aussi des systèmes de captage et de stockage de CO2 (CCS), solution qui fait l’objet de débats au sein des experts du climat.

Dave Jones, du think tank Ember, spécialisé dans l’énergie, voit dans ce rapport «un revirement complet par rapport à l’AIE d’il y a cinq ans et qui était orientée vers les énergies fossiles: un vrai couteau planté dans l’industrie des énergies fossiles».