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Un juge se voit reprocher plusieurs propos déplacés

L’humour douteux du juge Gérard Dugré lui attire bien des problèmes aujourd’hui

Juge Gérard Dugré
Photo courtoisie, Parole de Droit Le juge Gérard Dugré siège à la Cour supérieure du Québec depuis 2009. Il est l’objet de sept dossiers de plainte au Conseil canadien de la magistrature.

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Un juge de la Cour supérieure du Québec fait face à la discipline de ses collègues magistrats pour avoir multiplié des commentaires déplacés et des blagues douteuses qu’il aurait tenus au cours des dernières années.

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Sept dossiers distincts sont reprochés au juge Gérard Dugré à la suite de plaintes déposées devant le Conseil canadien de la magistrature.

Les audiences disciplinaires contre le magistrat ont commencé au mois d’avril et ont repris hier dans un hôtel montréalais.

On a alors eu droit à un aperçu de l’humour douteux qui semble caractériser le juge Dugré, lors de l’écoute des enregistrements d’un procès qu’il avait présidé à l’automne de 2017.

Pas juste pour rire

« Votre client n’est pas accusé d’agression sexuelle encore ? » peut-on entendre le juge Dugré lancer à la blague à un avocat, dont le client avait effectué des contrats pour le Festival Juste pour rire.

Le juge évoquait ici les démêlés avec la justice du fondateur du Festival, Gilbert Rozon. Cependant, le procès dont il est question ici n’est nullement lié au Festival.

Un peu plus loin, le magistrat fait des commentaires hors sujet. À un spécialiste en sonorisation, qui témoignait sur des questions de facturation de ses services, il demande : « Un disque vinyle, c’est-tu plus chaud comme musique que le numérique ? »

Le juge Dugré n’assistait pas en personne à l’audition d’hier. Il a cessé de siéger à la Cour supérieure depuis près de deux ans, mais continue de recevoir son salaire dépassant les 300 000 $ par année. Les frais judiciaires reliés aux procédures devant Conseil de la magistrature sont assumés par l’État.  

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:    

Interventions à outrance

Le procès examiné hier porte sur un différend entre deux associés dans une compagnie de sonorisation. La plainte au Conseil de la magistrature a été déposée par un des associés. Outre les propos déplacés et les commentaires hors sujet, on reproche au juge Dugré d’être intervenu à outrance pendant les témoignages du plaignant et de son avocat.

Deux autres dossiers de plainte à l’encontre du juge sont liés à des cas de droit de la famille. 

Le magistrat est visé aussi par un dossier de plainte relatif à un retard de trois mois dans la production d’un jugement dans une cause contenant des questions de garde d’enfant.  

D’autres commentaires surprenants  

Voici un échantillon de commentaires inappropriés qu’aurait tenus le juge Gérard Dugré dans les dernières années. 

DES QUESTIONS SUR LE SPECTRUM

« Est-ce qu’on a pu remplacer à date le Spectrum comme petite salle de spectacle très sympathique ? [...] Il n’y a personne qui a pensé à le reconstruire ailleurs ? », demande le juge Dugré à un témoin spécialiste en prise de son. Or, ces questions n’avaient rien à voir avec la cause qu’il préside.

DES SUGGESTIONS SURPRENANTES

Dans un cas de partage de garde d’enfant, le juge Dugré aurait proposé à des ex-conjoints, aux prises avec un différend, de reformer leur couple, de donner leur fils en adoption ou de le placer en famille d’accueil.

AU CACHOT !

Lors d’une cause de garde d’enfant, le juge Dugré aurait menacé un père de l’envoyer dans une cellule avec des rats affamés.

COMME À UN ENFANT

Il aurait affirmé à ce même père qu’il allait le punir en lui serrant le bras comme il l’a fait à ses enfants lorsque ces derniers n’écoutaient pas.

LES CARTES DE CRÉDIT

À un autre père, il suggère de s’endetter avec des cartes de crédit pour régler des mesures d’ordre familial.

Sources : Plaintes déposées au Conseil canadien de la magistrature et audition de la cause du juge Dugré devant le Conseil.

Des cas sur la sellette     

Le juge Dugré n’est pas le seul à avoir été l’objet d’enquêtes des conseils canadien et québécois de la magistrature dans les dernières années.

Le cas le plus spectaculaire est celui du juge Michel Girouard, aussi de la Cour supérieure, dont la cause s’est étirée pendant huit ans. Il était soupçonné d’avoir acheté de la cocaïne d’un membre du crime organisé, avant d’être nommé magistrat. Il a fini par démissionner, juste avant d’être destitué. Sa défense a coûté plusieurs millions de dollars aux contribuables.

La juge Suzanne Vadboncœur, de la Cour du Québec, elle, a été réprimandée pour avoir lancé « gros crisse de con » à un constable spécial qui peinait à ouvrir la porte défectueuse du garage d’un palais de justice.

Le Conseil de la magistrature devrait examiner d’ici peu les cas d’au moins cinq juges possiblement fautifs.

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