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Israël-Palestine, un terrain miné pour Biden

ISRAEL-PALESTINIAN-GAZA-CONFLICT
Photo AFP Des soldats israéliens tirent des obus vers la bande de Gaza depuis leur position le long de la frontière avec la Palestine hier.

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Le président démocrate n’a aucune chance de tirer quelque gain politique que ce soit d’un conflit qui oppose des adversaires de plus en plus intransigeants.

Depuis quelques jours, le président Biden lance des appels insistants à la fin des affrontements violents entre Israël et les Palestiniens.

Ces appels ont toutefois autant de chances d’être suivis sur le terrain qu’ils en ont de permettre au président de marquer des points politiques.

Le fossé se creuse

Les violences des derniers jours ont permis de constater à quel point le conflit israélo-palestinien peut être insoluble. Avec cet affrontement qui ne fait que des perdants dans la population, les jusqu’au-boutistes consolident leurs positions.

Du côté palestinien, Hamas a été affaibli militairement et a perdu quelques leaders, mais cet épisode n’aura rien fait pour affaiblir l’emprise politique de ce groupe extrémiste sur ce qui reste de résistance palestinienne. Quand sa dernière roquette aura été lancée, Hamas n’aura pas disparu et rebâtira ses forces en attendant les inévitables prochains affrontements. Quant à la coalition intransigeante menée par Benyamin Netanyahou, elle s’en trouve renforcée. Au lendemain des dernières élections, des modérés ouverts à des accommodements envers les Palestiniens ont presque réussi à déloger un premier ministre miné par des scandales, mais les violences ont ramené quelques partis vers Netanyahou.

Biden l’équilibriste

Du côté américain, ce pourrissement du conflit complique considérablement l’existence d’un président démocrate qui prône une solution équilibrée entre l’appui historique des États-Unis à l’État hébreu et les demandes de la gauche de son parti qui revendique un véritable engagement envers la création d’un État palestinien. Chez les républicains-trumpistes, on ne s’encombre pas de ce genre de complexité et on appuie la politique du rouleau compresseur de Netanyahou. Derrière cet appui, il y a l’orthodoxie idéologique des chrétiens évangélistes, mais aussi une complicité entre l’ex-président Trump et les princes-dictateurs arabes — qui ont abandonné tout appui au peuple palestinien.

Netanyahou n’a donc aucune incitation à aider Biden. Il sait très bien que le Parti démocrate n’abandonnera pas ses engagements passés d’appui militaire et financier à Israël.

Voie sans issue

Bref, Joe Biden n’a rien à espérer en investissant dans la promotion d’un rapprochement impossible entre des adversaires déterminés à ne jamais se rencontrer à mi-chemin.

Au mieux, Biden pourra se distancer de la politique d’oblitération de la présence palestinienne menée systématiquement par Israël dans les territoires occupés sans pouvoir faire grand-chose pour l’empêcher.

Si les républicains-trumpistes peuvent facilement crier victoire sur ce champ, puisqu’ils font équivaloir la paix avec l’étouffement progressif du peuple palestinien, Biden et son parti ont peu de gains à espérer en recherchant une solution équilibrée à ce conflit centenaire.

C’est pourtant la seule voie que Biden peut suivre, même s’il sait pertinemment que la solution lui échappera. Au mieux, il lui reste à espérer qu’il ne créera pas d’attentes irréalistes, que le conflit ne s’envenimera pas trop pendant son mandat et, surtout, qu’on passera bientôt à autre chose.