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Vague de menaces de mort et d’agressions contre des Montréalais juifs

Ysabella Hazan
Joël Lemay / Agence QMI Ysabella Hazan

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Une Québécoise juive de 21 ans dénonce la vague de menaces de mort et d’agressions qu’elle et sa communauté reçoivent sur les réseaux sociaux depuis la reprise des hostilités entre Israël et la Palestine...situés à près de 8800 km de Montréal.

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«J'espère que tu mourras après avoir été violée par ta propre espèce de salope terroriste sioniste. On ne t'aime pas». Voilà le genre de messages que reçoit depuis une semaine Ysabella Hazan, étudiante en droit. 

Ysabella Hazan
Instagram / Courtoisie

«Tout ça est dégoûtant. On m’écrit sur Instagram en me souhaitant qu’on me viole dans un sous-sol. On veut ma mort», dénonce la Montréalaise. 

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La jeune femme a participé dimanche dernier à Montréal à une manifestation en soutien à Israël avec des centaines de personnes. Le rassemblement s’est déroulé dans le contexte d’une flambée de violences entre l’État hébreu et la Palestine au début du mois et qui perdure.

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Joël Lemay / Agence QMI

Le rassemblement au centre-ville de la métropole a ensuite tourné au vinaigre quand des pro-Palestiniens ont violemment affronté les pro-Israéliens, réunis d’abord dans une ambiance bon enfant.

Ysabella Hazan
Photo Agence QMI, Thierry Laforce

«J’ai publié une photo de moi durant la manifestation avec un drapeau d’Israël. Après, c’est là que les menaces ont commencé. Plusieurs personnes partagent ma photo et ils essaient aussi de trouver ma maison. C’est fou. Je m’inquiète surtout pour les jeunes juifs de ma communauté qui sont terrifiés», affirme au Journal Mme Hazan. 

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«Je n’ai pas peur, mais on est quand même à Montréal, poursuit-elle. Je veux que la paix revienne. C’est tout. Le conflit [du Proche-Orient] ne devrait pas se reproduire ici.» 

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Enquêtes policières

Contacté à ce sujet, le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme qu’on assiste à une vague de haine envers la communauté juive dans la métropole. 

«Depuis les manifs liées au conflit israélo-palestinien le week-end dernier, malheureusement, on voit une vague de messages haineux sur les réseaux sociaux. Des personnes s’acharnent en cherchant les quartiers où il y a une forte présence de personnes de la communauté juive», explique Danny Diotte, chef du poste de quartier 9.  

Selon lui, les endroits ciblés ciblés par ces perturbateurs à Montréal sont Côte-Saint-Luc, Westmount, Hampstead et Le Plateau-Mont-Royal. Toutefois, le SPVM n’a toujours pas de chiffres à fournir concernant le nombre de plaintes. 

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Pas de parti pris

«Ce sont des menaces, de l’intimidation, des propos haineux. On prend vraiment ça au sérieux. On enquête et on suit tous les réseaux sociaux», relate le chef. 

Les policiers ont d’ailleurs arrêté des individus lundi. Deux hommes se sont filmés sur le réseau social Snapchat avant et pendant leur arrestation. «On s’en va à Côte-Saint-Luc où sont tous les juifs. [...] Fuck Israël bande de juifs!», crie un des jeunes dans la vidéo, qui a été arrêté par la suite. 

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«Le SPVM n’a pas de parti pris ici. On est apolitiques et intègres. Nous, on fonctionne avec le Code criminel ou les infractions commises. On ne prend pas part au conflit israélo-palestinien», ajoute-t-il. Danny Diotte invite tous les membres de la communauté juive ou palestinienne à composer le 911 s’ils se sentent en danger ou menacés.

Pour sa part, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes du Québec (CIJA-Qc) affirme au Journal qu’il reçoit des centaines d’appels de citoyens inquiets, d’un bout à l’autre du pays, depuis samedi dernier. 

«Avec les manifs partout au Canada qu’on a eues ce week-end, ça soulève beaucoup d’inquiétudes de personnes juives dans notre communauté. On vit un pic de tensions en ce moment et il faut agir. Tout ça est très triste», commente Peter Subissati, directeur des communications du CIJA-Qc. 

Le Journal a tenté de contacter des Palestiniens et ceux qui ont écrit des messages haineux aux Israëliens, mais nos demandes ont été refusées ou ignorées.

Violence dénoncée par des experts  

Des experts du conflit israélo-palestinien exhortent à ce que la violence cesse envers la communauté juive de Montréal puisqu’elle n’aide pas à diminuer les tensions vécues par les deux clans rivaux du Moyen-Orient. 

Après plusieurs années d’accalmie, les affrontements entre Israël et la Palestine ont repris avec beaucoup d’intensité durant la dernière semaine. Des milliers de roquettes ont été tirées par des groupes armés palestiniens, dont le Hamas, vers Israël.

L’armée israélienne a par la suite répliqué en bombardant massivement la bande de Gaza. Les deux pays en sont désormais à leur 10e jour de violences sanglantes.

«C’est normal que des individus au Québec, qui sont issus de communautés internationales en turbulences ou en conflits, puissent montrer leur sympathie avec des causes de leur société d’origine», affirme Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. 

«Mais le problème ici, c’est que si on veut exprimer sa colère au Québec, ça doit se faire selon l’ordre, selon les lois et les règlements. Pourquoi? Parce qu’on doit conserver la prudence du vivre-ensemble chez nous», insiste M. Aoun. 

Le chercheur invite toujours les manifestants à exprimer leur voix par rapport à la flambée de violences en Israël et à Gaza, mais en respectant l’État de droit et sans dérapages. 

Constat similaire pour Rachad Antonius, professeur de sociologie à l'UQAM et spécialiste des questions du Proche-Orient. 

«Chacun appuie son clan et il y a des tensions. Ça se voit partout dans le monde, c’est normal. Par contre, je déplore fortement que des personnes agressent d’autres individus au Québec de façon verbale. C’est contre-productif et ça n’aide pas à régler le conflit israélo-palestinien», critique M.Antonius. 

Rachad Antonius
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Rachad Antonius

Vitrine cassée et roches lancées

Rappelons que samedi, près de 3000 personnes se sont réunies devant le consulat général d’Israël pour montrer leur solidarité envers les Palestiniens. Une vitrine du consulat a été fracassée durant ce rassemblement. 

Dimanche, une autre manifestation au centre-ville de Montréal a eu lieu en soutien aux Israéliens. Des pro-Palestiniens ont tenté d’arracher les drapeaux israéliens dans les mains des manifestants. Le Journal a aussi constaté que des roches ont été lancées en direction des pro-Israël. 

«Ce sont des manifs avec des débordements et des excès verbaux qui ont dégénéré ce week-end. Mais au fond, le vrai enjeu est là-bas [au Moyen-Orient] et pas ici. Il faut seulement pas qu’on reproduise ce conflit au Québec», conclut Rachad Antonius.