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Les neuf vies de Nathalie Simard

Chronique de Andrew McNally
Photo Chantal Poirier

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J’ai la plus grande admiration pour les gens qui réussissent à durer dans le milieu artistique. Qui se réinventent, qui trouvent une nouvelle façon de rester présent dans l’œil du public. J’ai aussi la plus grande admiration pour les artistes qui ont connu le succès jeune, les fameux enfants stars, qui arrivent à rester pertinents à l’âge adulte. 

C’est pour ça que j’ai été agréablement surprise quand j’ai appris que Nathalie Simard lançait un magazine de bien-être qui porte son nom : Simplement bien avec Nathalie. Après avoir été chanteuse, animatrice, pourquoi pas avoir un magazine à son nom, comme Oprah ou Véro

SYMBOLE DE RÉSILIENCE

Vous vous souvenez quand Nathalie Simard avait parlé de sa grande perte de poids à la une du magazine La semaine ? Un site de dénonciation de grossophobie l’avait traitée... de grossophobe. 

Eh la la, je me demande ce que ce site va penser de son magazine où des personnalités comme P-A Méthot et Jean-Charles Lajoie parlent de leur spectaculaire perte de poids... Mais mon petit doigt me dit que quand c’est un homme qui parle de perte de poids, le jugement est moins sévère...

Hier à QUB radio, j’ai parlé avec Nathalie Simard qui m’a raconté à quel point elle avait souffert, au fil des ans, des insultes qu’elle avait reçues au sujet de son poids. « T’es tellement grosse, tu vas faire péter ma télé » : c’est le genre de commentaires qu’elle recevait. 

  • Écoutez l'entrevue de Sophie Durocher avec Nathalie Simard sur QUB radio:

Pourtant, on le sait tous, son excès de poids s’explique en grande partie par les abus dont elle a été victime dans le passé, aux mains de l’ex-agent d’artiste Guy Cloutier. Elle s’est créé cette enveloppe de chair et de graisse pour ne plus être désirable, pour ne plus être une proie pour le prédateur pédophile. Quand elle était sa protégée, Cloutier lui parlait de son « beau petit cul »... 

(Oui, je sais, ces mots sont difficiles à lire. Mais dans cette ère de #MeToo, il est important de nommer les choses, de nommer les agresseurs, de nommer surtout les séquelles que leurs abus ont laissées en héritage à leurs innocentes victimes.)

Hier, Nathalie Simard m’a fait une confidence troublante. Encore aujourd’hui, deux ans après sa chirurgie bariatrique et tous ses kilos perdus, elle continue de se couvrir de coussins quand elle voyage en auto, pour la rassurer, comme si elle s’ennuyait de son surpoids. Ses bourrelets étaient une carapace qui la protégeait, qui tenait le désir à distance. Sans eux, elle se sent vulnérable.

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Nathalie Simard a toujours été un livre ouvert. Transparente. Spontanée. Elle m’a parlé du pourcentage élevé de personnes obèses morbides qui sont des victimes d’abus sexuels. Elle m’a parlé de la bienveillance qu’elle souhaite qu’on ait pour les personnes en surpoids. Et elle m’a aussi dit à quel point elle était tannée des étiquettes corporelles qu’on appose sur les gens dont on ne connaît pas les souffrances intérieures.

TOURNE LA PAGE

Pendant des années, Nathalie Simard a fait la une des magazines avec des contenus décidés par d’autres, des tenues décidées par d’autres, pour protéger une image décidée par d’autres.

Aujourd’hui, elle fait la une d’un magazine qui porte son nom, d’après un concept qui émane de nul autre qu’elle-même. 

La petite Nathalie est enfin devenue grande. Et c’est beau à voir...