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Mobile Punch: une appli provoque un énorme conflit

Les travailleurs de la construction estiment que le logiciel de gestion d’horaires met en péril leur vie privée

Canicule
Photo courtoisie et d'archives, Pierre-Paul Poulin Jérôme Guay, président de Mobile Punch, le logiciel à l’origine du conflit, soutient que « l’application ne géolocalise pas le travailleur à l’extérieur des lieux de son travail ».

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Une application destinée à aider les travailleurs de la construction à enregistrer leur arrivée sur le chantier risque de faire basculer vers la grève, dès mardi, environ 190 000 syndiqués.

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« Personne ne trace en tout temps l’employé. C’est faux », a assuré en entrevue au Journal Jérôme Guay, président de l’appli qui porte le nom anglais de Mobile Punch.

« Quand vous poinçonnez le matin, on le voit dans un rayon de base de 300 mètres. Même chose en terminant. Durant la journée, l’application ne suit personne », a soutenu l’homme d’affaires de Lévis.

En gros, la géolocalisation se fait seulement quand l’employé poinçonne et elle redevient ensuite inactive, a tenu à préciser Jérôme Guay.

Mercredi, les travailleurs de l’Alliance syndicale ont voté à plus de 93 % pour un mandat de grève générale illimitée pour être prêts à s’en servir au besoin.

Au cœur du problème, « l’imposition du pointage par localisation automatique », qui mettrait en péril leur vie privée, selon les syndiqués.

« Une décision arbitrale confirmée par la Cour supérieure a indiqué récemment que ces applications contreviennent aux conventions collectives actuelles », a rappelé l’Alliance syndicale.

Alors que près de 200 000 travailleurs de l’Alliance syndicale brandissent la menace d’une grève en raison des risques de l’application pour la vie privée, Jérôme Guay, a dû défendre sa techno au cœur du conflit.

Lutte au travail au noir

Hier, le président de l’application controversée a soutenu que « dans le téléphone des employés, pour être bien honnête, il y a des choses bien pires que Mobile Punch ».

« Je ne comprends pas actuellement le débat parce qu’avec l’application, ça devient plus compliqué de faire un travail au noir », a avancé Jérôme Guay.

À l’Association de la construction du Québec (ACQ), on trouve « inconcevable d’amener toute une industrie en grève pour l’utilisation volontaire d’un outil technologique », selon les mots de son porte-parole Guillaume Houle.

« Les syndicats n’ont jamais eu l’intention de négocier quelque demande patronale que ce soit. À chaque demande formulée par l’ACQ, les syndicats ont brandi la menace d’une grève », avance-t-il.

Pour François Bernier, vice-président principal Affaires publiques de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), le conflit pourrait faire des perdants.

« Lors du dernier conflit, en 2017, les pertes totales quotidiennes en salaires et profits s’élevaient à près de 45 M$. C’est certainement davantage aujourd’hui », a-t-il souligné.

Près de 60 000 mises en chantier sont prévues ces prochains mois. Une grève aurait de lourdes conséquences sur la livraison des projets de construction neuve ou de rénovation, selon lui.

À la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, on a aussi prévenu qu’une grève aurait de graves impacts. 

« Selon 80 % des PME, la paralysie des chantiers aurait des incidences négatives sur l’économie de leur région », craint son vice-président-Québec, François Vincent.

Hier, le ministre du Travail, Jean Boulet, a indiqué qu’il avait proposé un arbitre pour apaiser les tensions.

« J’ai offert aux parties de nommer un arbitre pour trancher les questions en litige. Les travailleurs et les entreprises ont surmonté beaucoup d’enjeux depuis mars 2020. J’ai confiance, elles sont près d’une entente. La balle est dans leur camp », a-t-il soutenu.

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