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Un défi qui mobilise les citoyens de l’Isle-aux-Coudres

Charles Castonguay a fait le tour de l’Isle-aux-Coudres à quatre reprises à la course à pied.
Photo courtoisie Charles Castonguay a fait le tour de l’Isle-aux-Coudres à quatre reprises à la course à pied.

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Dans son projet un peu fou de réaliser le tour de l’Isle-aux-Coudres à quatre reprises à la course à pied pour atteindre le total mythique de 100 kilomètres, Charles Castonguay a eu droit à une grande dose d’amour de ses concitoyens.

« On dit que ça prend un village pour façonner un humain, et je l’ai expérimenté assez intensément », exprime l’ancien préparateur physique d’Alex Harvey quand le fondeur parcourait la planète pour se frotter à l’élite internationale, qui a réalisé son exploit le 7 mai.

Les élèves de l’école primaire de l’Isle-aux-Coudres ont encouragé l’ancien préparateur physique d’Alex Harvey.
Photo courtoisie
Les élèves de l’école primaire de l’Isle-aux-Coudres ont encouragé l’ancien préparateur physique d’Alex Harvey.

La veille de prendre le départ, Castonguay a publié un message sur le groupe Facebook de l’Isle-aux-Coudres pour prévenir les insulaires de son projet. 

« La réponse a été exceptionnelle, raconte-t-il. Je ne m’attendais pas à une telle réponse. Quand je suis passé devant mon école primaire, les jeunes étaient à l’extérieur pour m’encourager ainsi que mon ancien professeur d’éducation physique et mentor, Éric Dufour. Après ce premier passage devant l’école, j’ai pleuré pendant cinq, six minutes tellement j’étais ému. Je ne m’attendais pas à ça. Les gens sont sortis pour m’encourager, m’ont klaxonné, m’ont regardé par la fenêtre de leur maison et certains sont demeurés toute la journée dehors. »

Tout le monde était derrière Castonguay, incluant le restaurant local qui a installé une affiche d’encouragement à l’entrée de son commerce.
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Tout le monde était derrière Castonguay, incluant le restaurant local qui a installé une affiche d’encouragement à l’entrée de son commerce.

« L’Isle-aux-Coudres est une petite communauté tissée serrée où tout le monde s’entraide, de poursuivre Castonguay. Quand quelqu’un connaît du succès, tout le monde s’en réjouit. C’est la même chose pour ma cousine Marilyn Castonguay, qui est comédienne. Les gens sont fiers de ses succès. »

Habitué du trail

Très attaché à son coin de pays, Castonguay a réalisé que les sentiments étaient réciproques. 

« Au-delà de parcourir une distance qui est un peu mythique, le faire à l’Isle-aux-Coudres comportait une valeur très ajoutée, souligne celui qui a participé aux Jeux olympiques de Londres en 2012 comme préparateur physique de l’équipe de taekwondo. J’adore l’Isle et j’y vais le plus souvent possible. À l’Isle, il n’y a pas de programme sport-études, mais tu peux néanmoins aspirer à faire du sport de haut niveau et c’est un superbe endroit pour grandir. Si un jeune parmi les 30 ou 40 étudiants présents se met en forme, je serai comblé. Il ne faut jamais sous-estimer les modèles. »

Charles Castonguay a fait le tour de l’Isle-aux-Coudres à quatre reprises à la course à pied.
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Habitué du trail où il se farcit de plus longues distances, notamment le 125 km de Harricana et le 160 km de Bromont, Castonguay voulait s’offrir un nouveau défi. 

« C’est assez fréquent que je franchisse des distances de 100 kilomètres et plus en trail, mais c’est plus exigeant mentalement et physiquement la course sur route, explique-t-il. La charge est plus importante. Pour cette première expérience que je souhaite répéter, je voulais me donner des repères et l’objectif n’était pas de réussir le meilleur temps possible. Je voulais seulement compléter l’épreuve. L’an dernier, j’avais fait trois tours de l’Isle et j’ai fait le tour de l’Île-d’Orléans (67 kilomètres) avec un ami quatre semaines avant de prendre le départ. La clé du succès est de respecter la distance et d’y aller par progression. »

Castonguay a franchi la distance en 8 h 45 min 17 s 51. 

« En prenant une pause à chaque tour pour manger et boire, j’ai conservé une moyenne de 5 min 15 s au kilomètre, ce qui est un peu à court de mon objectif. Dans le futur, j’aimerais faire 4 min 15 s. »

Compagne d’armes

Charles Castonguay pose avec sa copine, qui l’a accompagné dans ce défi.
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Charles Castonguay pose avec sa copine, qui l’a accompagné dans ce défi.

Dans ses projets d’endurance, Castonguay peut compter sur sa conjointe Catherine Lemire, elle-même une très bonne athlète qui a remporté le 125 kilomètres Harricana en 2019. Pour le dernier tour, Lemire a suivi son amoureux en vélo pour l’encourager après avoir fait les premiers 50 kilomètres à la course à pied à un rythme différent.

« Dans le dernier tour, j’avais des crampes, j’étais assez bas mentalement et j’ai atteint le fond du baril, mais sa présence a fait une différence pour m’aider à me rendre au fil d’arrivée. Elle me racontait des blagues, me chantait des tounes et m’encourageait. » 

Les rôles sont maintenant inversés  

Seul marathonien de l’Isle-aux-Coudres avec 42 départs à son actif, Paul Lajoie est très fier de l’exploit réalisé par Charles Castonguay, qui affirme de son côté que le coureur de 80 ans a été une inspiration et une idole.

« Je suis bien fier de Charles, a mentionné l’octogénaire dont le demi-marathon de l’Isle-aux-Coudres porte désormais son nom. Je le connais depuis longtemps. Je le voyais à ses débuts comme coureur à l’âge de 14 ans. Ça m’a fait chaud au cœur quand il a écrit que j’étais son idole. Les rôles sont maintenant inversés. »

« Parce que je travaillais à l’Hôtel Cap-aux-Pierres, je ne pouvais pas être sur le bord du parcours pour l’encourager, mais je sortais et je pouvais le voir du haut de la falaise quand il passait, de poursuivre M. Lajoie, qui court encore de 40 à 50 kilomètres par semaine. J’étais trop loin pour lui crier des encouragements. Les gens sont tissés serré et Charles n’a pas manqué d’encouragements. Il en avait bien besoin avec les montées du côté nord. »

S’il y a quelqu’un qui connaît bien les efforts nécessaires à la réussite d’un tel défi, c’est bien Richard Chouinard. 

Professeur à la retraite au département d’éducation physique de l’Université Laval et ancien enseignant de Castonguay, l’entraîneur du club de course de l’Université Laval détient le record québécois de la distance, marque qui devrait être homologuée dans les prochaines semaines par la Fédération québécoise d’athlétisme, qui jusqu’à présent ne considérait que les performances dans les disciplines olympiques.

Chouinard avait signé un chrono de 6 h 36 min 57 s en 1979 à l’occasion de la nuit des 100 kilomètres de Montmagny, conservant une moyenne de 3 min 58 s par kilomètre. Sa performance lui valait à l’époque le meilleur chrono en Amérique du Nord.

« Je l’avais rencontré il y a un mois et je lui avais souhaité de battre mon record, raconte Chouinard. Il ne visait pas le temps le plus rapide, mais d’obtenir des repères. J’avais fait la même chose en 1978 à ma première tentative avec un temps de 7 h 17 min. Marc Corcoran m’avait accompagné dans les derniers 30 kilomètres, ce qui avait été un gros facteur. Des 40 coureurs au départ, une vingtaine avaient franchi le fil d’arrivée. »

Un temps « Intouchable »

Castonguay envisage-t-il de s’attaquer à la marque de Chouinard dans le futur ? 

« C’est intouchable comme performance, affirme-t-il. C’est inhumain de conserver une moyenne de 3 min 58 s du kilomètre. J’aimerais faire 4 min 15 s du kilomètre, mais le temps de Richard est trop rapide et hors de mes possibilités. »

L’année 1979 avait été remarquable pour Chouinard qui avait signé sa meilleure performance en carrière au marathon avec un temps de 2 min 27 s à Ottawa. 

« J’étais dans un état de grâce à Montmagny, illustre Chouinard. Mon objectif était de battre le record nord-américain de 6 h 51 min détenu par un Marine américain et j’étais convaincu de pouvoir descendre sous la barre des sept heures, mais je ne l’aurais pas cru si quelqu’un m’avait dit que je réussirais un temps sous les 6 h 40 min. Je ne l’avais pas réalisé sur le coup, mais ma participation à une course de 100 kilomètres avec un col de 900 mètres en Italie, quelques mois plus tôt, m’avait très bien préparé. »