/misc
Navigation

Qu’est-ce qu’un patriote?

Qu’est-ce qu’un patriote?
Joel Lemay/Agence QMI

Coup d'oeil sur cet article

Lorsque, chaque année, la fin du mois de mai rappelle la Journée nationale des patriotes et que flotte à nouveau leur drapeau pour commémorer les braves de 1837 et de 1838, on se souvient pour mieux brasser et garder ardentes les braises de notre fierté et de notre mémoire. C’est une chose que je crois bonne et nécessaire, mais parfois, je me demande si nous possédons en nos cœurs la définition au sens large de ce qu’est vraiment un patriote québécois. C’est pourquoi, chers amis, permettez que je ne vous parle pas aujourd’hui de Papineau, de De Lorimier, de Nelson, de Chénier et de tous les autres, pour aborder plutôt ces fondamentaux qu’ils possédaient et qu’ils n’ont très certainement pas emportés dans la tombe.

Je remarque que nous avons souvent tendance à limiter la nature du patriote à sa capacité à mourir pour ce en quoi il croit. Si je comprends tout à fait en quoi cela, plus qu’autre chose, marque le souvenir, pour moi, ce n’est cependant que son dernier retranchement, l’ultime extrémité à laquelle il aura été prêt à recourir. Mais bien avant, le patriote, hors de son folklore tragique, c’est d’abord celui qui a à cœur le bien commun. C’est celui dont les frontières de ce qui compte ne s’arrêtent pas au contour de son unique personne. C’est, au contraire, celui qui regarde tout autour et qui, sous l’éventail de toutes les différences, ne voit pas «des gens», mais les siens.

Le patriote, à mes yeux, qu’importe qu’il soit né d’une souche ancienne ou d’une fraîche bouture, est celui qui s’est imprégné de sa terre — natale comme d’accueil — et qui a délibérément choisi de l’épouser par amour. Le patriote, c’est celui qui jouit de la haute conscience de ses chances et de ses richesses, mais qui, au lieu d’en être orgueilleux et avare, se dévoue à leur pérennité et à leur partage. C’est celui qui, d’une façon qui lui appartient, participe et contribue à l’épanouissement de la nation, car face aux augures et aux prophètes de malheur, le patriote est surtout celui qui n’oublie jamais que demain se joue maintenant et que d’autres viendront après lui. Et bien souvent dans l’ombre, c’est celui qui commet les gestes et les solidarités qui, s’ils ne font pas la une, font néanmoins toute la différence.

Oh, bien sûr, il ne saurait être question de l’essence du patriote sans parler de ses fardeaux et de ses peines, car sa conscience est à la fois historique et moderne.

De fait, s’il est celui dont la mâchoire se serre devant une adversité qui ne joue pas selon les règles, le véritable patriote ne répond pas à ces provocations et ne verse pas dans la fange indigne de la vengeance et du talion. Il résiste de toute la force de sa vitalité, de son rire, de son honneur, de ses arts et de sa langue, car il sait que, le moment venu, l’exemple pèsera plus lourd que sa colère dans la balance. Et si le patriote tient bon malgré tous les vents contraires, c’est dans l’espoir que les prochains n’aient pas à le faire et parce qu’à même le tronc de son âme est gravée cette vérité-certitude voulant que ça ne puisse pas toujours ne pas arriver.

Voilà ce qu’est pour moi un patriote. C’est autant le vieux de 1837 que le politicien qui se consacre avec ardeur et fidélité à son peuple. C’est à la fois celui qui hisse le drapeau et celui qui accueille avec toute la chaleur du monde dans les yeux. C’est celui qui rejoint et embrasse. C’est celui qui tirait autrefois du mousquet comme celui qui demande à être servi en français, et c’est tout autant celui qui se souvient que celui qui s’ouvre et part à la découverte. Le patriote québécois, enfin, qui est-ce? C’est vous, c’est moi. C’est simplement celui qui aime son Québec d’un amour profond et inconditionnel.

Alors, sur ces mots, chers, très chers amis, je tiens à vous souhaiter une belle et heureuse Journée nationale des patriotes. Quant à moi, j’espère vous retrouver à l’automne et, en attendant, je vous souhaite de redécouvrir et de savourer à nouveau ce qui nous a tous si cruellement manqué. Car le patriote, c’est aussi et surtout celui qui prend le temps de vivre cette vie si précieuse que les nôtres de jadis ont été prêts à offrir à la grande et noble cause de notre liberté.