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Le destin d’un joyau patrimonial québécois décidé en secret

Des citoyens demandent à Québec d’intervenir pour sauver un camp de vacances

APLA.
Photo courtoisie Des membres de l’exécutif de l’Association pour la protection du lac de l’Achigan (APLA), à Saint-Hippolyte. De gauche à droite, Yvan Gingras (secrétaire-trésorier), Jean-François Gareau (1er vice-président), Johanne Gauthier (présidente) et Pierre-Jacques Leduc (2e vice-président). L’APLA lutte pour éviter que le Camp Bruchesi devienne une entreprise privée.

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Le Camp Bruchési, un joyau patrimonial situé aux abords du lac de l’Achigan, dans les Laurentides, est en péril, s’inquiètent plusieurs citoyens. Une partie du camp a été vendue au rabais à un groupe immobilier, certains riverains accusent les administrateurs de cacher des informations et on demande à Québec d’intervenir.

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« Au départ, c’était des camps de santé, c’est devenu des camps de vacances, les gens en étaient fiers. Mais notre peur, c’est que ça devienne une entreprise privée », assure Johanne Gauthier, présidente de l’Association de protection du lac de l’Achigan en entrevue avec Le Journal

Les craintes des citoyens ont commencé vers 2009. C’est à ce moment que les administrateurs des Camps de santé Bruchési, un organisme à but non lucratif (OBNL) propriétaire du terrain, ont tenté de changer le zonage pour vendre l’immense domaine de 93 arpents, sans succès. 

Six fois moins que l’évaluation

Mais en 2018, l’OBNL vend un des lots du camp qui avait été subdivisé au préalable. Le terrain est cédé pour 466 000 $ à une firme immobilière, le Groupe R3, bien en deçà de l’évaluation municipale de 2,7 millions $. L’OBNL est encore propriétaire des deux autres lots. 

Mais selon plusieurs citoyens, la vente et les décisions de l’OBNL demeurent secrètes. Au cours des dernières années, à la suite de démissions liées à des allégations d’irrégularités, le conseil de l’organisme est devenu « un petit réseau » de trois personnes, notamment deux beaux-frères et un notaire radié par deux fois. L’organisme a également perdu son titre de charité pour défaut de produire les documents requis.  

« Actuellement, on ne sait pas ce qui se passe. Ils n’acceptent pas de nouveaux membres au sein de l’OBNL, on nous refuse l’accès aux états financiers. Le camp semble appartenir aux trois administrateurs actuels », croit Mme Gauthier. 

Plusieurs fois, des citoyens ont également tenté de connaître les plans futurs du groupe immobilier qui a fait l’acquisition du terrain. 

« Depuis trois ans, on nous dit qu’on va nous présenter un projet et on n’a toujours pas de détails. Au départ, la vocation du camp, c’était communautaire et ç’a été oublié dans le temps », croit Alain Brunet, un citoyen qui a documenté l’histoire de l’endroit. 

La Ville de Saint-Hippolyte dit comprendre les craintes des citoyens et se veut rassurante. 

Pas de dézonage, dit la Ville

« Notre administration n’a aucune intention de modifier le zonage à court, moyen ou long terme », a souligné le maire, Bruno Laroche, qui ne sait toutefois pas pourquoi le terrain a été vendu six fois moins cher que l’évaluation municipale. 

R3, le propriétaire du lot acheté il y a trois ans assure qu’il a payé le bon prix « car le site nécessitait plusieurs investissements ». « Nous avons mis de l’argent afin que le camp soit aux normes. On veut avoir des activités 10 mois par année », a indiqué Éric Desroches, président du groupe, qui affirme ne pas vouloir changer le zonage ou construire des condos.  

Même son de cloche pour l’exploitant du camp de vacances. 

« Je peux seulement vous dire que le camp va rester un camp avec la même mission », a indiqué Nicolas de Lorimier, directeur général de Plein-Air Bruchési.

Le Journal a tenté de parler avec Claude Beauregard, le président de l’OBNL, qui n’a pas répondu à nos appels.  

LE CAMP BRUCHÉSI

Dans les années 1920, le Camp Bruchési accueille des enfants malades de la tuberculose aux abords du lac de l’Achigan. Pendant les années 1940 et 1950, le camp accueille de 400 à 550 enfants chaque été. Au fil des années, le camp a fonctionné grâce à des dons d’organismes publics, au soutien du gouvernement, de Centraide, pour environ 2,5 M$, et aidé par des exemptions de taxes municipales et un statut d’organisme de bienfaisance. 

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