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Guy A. Lepage: les mots... et un malaise

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Quand on écrit une chronique nuancée, on se condamne souvent à recevoir des coups de tous les côtés. 

Tant pis si c’est le prix à payer pour l’extraordinaire privilège d’avoir une tribune comme celle-ci.

Je ne connais pas Guy A. Lepage.

J’ai participé à son émission à deux reprises. Il m’a traité avec respect, courtoisie et sympathie.

Son équipe fut d’un irréprochable professionnalisme.

Chacun est libre d’aimer ou pas l’homme et son travail.  

Que les détracteurs de M. Lepage me pardonnent de dire ceci : on ne peut pas connaître un succès aussi massif et durable sans avoir un réel et formidable talent, que je laisse à de plus qualifiés que moi le soin d’analyser.

Twitter

Mon malaise est ailleurs et je mets des gants blancs.

M. Lepage utilise beaucoup Twitter. 

Personnellement, c’est une plateforme que je me réjouis d’avoir quittée, mais il est vrai que je n’ai pas à alimenter une armée de fans que je veux fidéliser. 

Il n’aime guère les gens qui s’en prennent à lui sous le couvert de l’anonymat. Ici encore, il a parfaitement raison de mépriser ces lâches.

Mais il ne se contente pas de les mépriser. Il leur répond. Et c’est là que je confesse mon malaise.

Guy Fournier rapportait l’autre jour certains des tweets que M. Lepage adresse à ses détracteurs anonymes.

« Ta yeule loser ».

« Adios le cave ».

« Salut ptit crisse de loser ».

« Va donc chier Violette ».

« Non grosse conne je le savais pas ».

Qu’on ne me comprenne pas de travers : je redis qu’attaquer une personnalité sous le couvert de l’anonymat est méprisable.

Mais leur répondre sur ce ton me laisse, euh, comment dire... dubitatif ?

On peut les ignorer ou leur répondre, mais leur répondre ainsi, n’est-ce pas s’abaisser à leur niveau ?

Pour achever de me ridiculiser, j’évoquerai un mot tombé en désuétude : responsabilité.

La langue française se porte très mal chez nous. 

Il n’y a pas que le recul au profit de l’anglais. Il y a aussi la pauvreté de la langue utilisée.

Et dans cette pauvreté, j’inclus non seulement la pauvreté du vocabulaire, de l’orthographe et de la prononciation, mais aussi la vulgarité. 

Le gouvernement recommence à agir. Mais chacun d’entre nous a aussi une part de responsabilité individuelle.

Et il me semble que le degré de responsabilité est à la mesure du pouvoir de chacun. 

Et celui de M. Lepage est immense. Et quand on regarde son émission, on voit qu’il a une impressionnante maîtrise de la langue française.

Bref, quand il veut, il peut. 

Je ne dis pas que chacun devrait parler comme Jacques Parizeau ou Dany Laferrière, mais...

Retenue

M. Lepage dit souvent que si on n’aime pas ce qu’il fait, il suffit de changer de poste. C’est vrai.

Mais sa responsabilité demeure, me semble-t-il.

Je sais, je sais, mon propos s’appuie sur des notions d’un autre âge : pudeur, retenue, tact, décence.

Que voulez-vous...