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Le Canada offre des excuses officielles aux Italo-Canadiens

Justin Trudeau a déploré l’injustice qu’ont vécue les personnes internées lors de la Deuxième Guerre mondiale

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a présenté des excuses officielles à la communauté italo-canadienne pour l’internement de Canadiens d’origine italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, jeudi matin, à la Chambre des communes.
Photo d'archives, AFP Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a présenté des excuses officielles à la communauté italo-canadienne pour l’internement de Canadiens d’origine italienne pendant la Seconde Guerre mondiale, jeudi matin, à la Chambre des communes.

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Le Canada, par la voix de Justin Trudeau, a offert jeudi matin des excuses officielles à la communauté italo-canadienne pour l’internement de plus de 600 hommes lors de la Seconde Guerre mondiale.

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« Il est temps de faire amende honorable », a solennellement prononcé M. Trudeau à la Chambre des Communes.

Dans un discours mêlant français, anglais et quelques phrases en italien, le premier ministre a déploré l’injustice vécue par les personnes internées et souligné la contribution des Canadiens d’origine italienne.

« Des réputations ont été ruinées. Des entreprises ont été démantelées. Des familles se sont retrouvées sans moyens de subsistance. Des enfants ont été rejetés par leurs amis ou retirés de l’école », a déclaré le premier ministre.

« Ces histoires, à cause de la honte et de la peur, sont passées sous silence pendant trop longtemps. Pour de trop nombreuses générations, cette injustice a été lourde à porter », a-t-il ajouté.

Une liste d’« étrangers ennemis »

Le Canada, dirigé par le premier ministre Mackenzie King, avait déclaré la guerre à l’Italie fasciste de Benito Mussolini dès 1940. C’est dans ce contexte de haute tension que s’est accélérée la politique d’internement.

En plus des 600 internés, la GRC avait fait inscrire les noms d’environ 31 000 italo-canadiens sur une liste d’« étrangers ennemis ». Certains se sont vu confisquer leurs biens et étaient surveillés par l’État.      

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Les chefs des partis d’opposition ont offert à tour de rôle un discours sur le sujet, joignant leurs voix aux excuses officielles du gouvernement, à l’exception du Bloc québécois, dont la députée Marie-Hélène Gaudreau a pris la parole.

Le premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney avait offert des excuses à la communauté italo-canadienne en 1990 à l’extérieur du Parlement, mais celles-ci n’avaient pas le vernis des excuses officielles.

Faire connaître les événements

Un regroupement de trois organisations communautaires italo-canadiennes, nommément le Congrès national des Italo-Canadiens, l’Ordre des fils et filles d’Italie et la Fédération nationale des associations de gens d’affaires et professionnels italo-canadiens (CIBPA) ont accepté « gracieusement » les excuses.

« La communauté italo-canadienne souhaite maintenant entamer la démarche visant à assurer que ces événements soient connus de tous les Canadiens pour des générations à venir, afin que jamais ils ne se reproduisent », ont indiqué les organisations par communiqué.

Dans ce genre d’occasion, le Parlement reçoit la visite des personnes concernées et de leur famille. Or, en raison de la pandémie et des restrictions sanitaires encore en vigueur, les excuses officielles se sont faites dans une Chambre des Communes passablement vide.

Les données du recensement de 2016 démontrent que la population d’origine italienne au pays s’élève à près de 1,6 million d’individus.

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Des excuses remises en question

La pertinence des excuses a été remise en cause par trois historiens d’origine italienne, dont Roberto Perin, professeur aujourd’hui retraité à l’Université de York.

En entrevue avec l’Agence QMI plus tôt ce mois-ci, M. Perin expliquait que le gouvernement fasciste italien effectuait de la propagande auprès des différentes diasporas italiennes à travers le monde. Le Canada n’y avait pas échappé.

Ainsi donc, certains hommes internés par le Canada étaient d’authentiques fascistes, et la proportion des Italo-Canadiens internés était maigre par rapport à la diaspora de l’époque, qui s’élevait à près de 120 000 âmes.

Pour l’historien, ces nouvelles excuses relèvent de l’« électoralisme », car elles sont basées sur une « fable ».

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