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Pour en finir avec la malédiction olympique

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Dans 57 jours, les Jeux olympiques s’amorceront à Tokyo... ou pas. Une nette majorité de Japonais souhaiterait qu’on les annule, mais le pays a le bras dans le tordeur.

Nos réseaux de télévision nous montreront de belles images de compétitions sans spectateurs, mais l’esprit des Jeux n’y sera pas. Pour le Japon, ce sera financièrement ruineux, sans parler des risques de la pandémie. En tant que sportif dont la jeunesse a été marquée par l’expérience de 1976, j’ai un faible pour les Jeux olympiques, mais ils sont sérieusement dus pour des réformes majeures.

Des Jeux dénaturés

Depuis quelques semaines, je parle beaucoup des Jeux avec un ami qui prépare un groupe d’athlètes pour Tokyo.

Même si c’est la culmination d’années d’efforts et de sacrifices pour ses athlètes, l’expérience s’annonce amère. Le groupe sera cantonné au village olympique, sans contacts hors de sa « bulle ». Les athlètes n’en sortiront que pour leurs épreuves, après quoi ils devront plier bagage illico, à moins qu’une éclosion dans leur bulle ne les force à renoncer à concourir.

Non seulement ces Jeux seront dénués de l’esprit de fête qui les accompagne normalement, mais les Japonais qui seront pris avec la facture et les risques sanitaires devront les regarder à la télé, comme tout le monde. Y gagneront-ils quelque chose ?

Mégacoûts, minibénéfices

Selon une étude du professeur Bent Flyvbjerg, à Oxford, les Jeux sont devenus les plus gros et les moins rentables mégaprojets qui soient et, si leurs coûts dépassent toujours les prévisions, les bénéfices sont rarement au rendez-vous pour les hôtes. Point de vue tourisme, les bénéfices des Jeux ne représentent qu’une infime fraction des coûts. Les installations sportives sont presque toujours des éléphants blancs – Montréal en sait quelque chose – et pour les autres infrastructures, l’empressement à les construire entraîne presque toujours des dépassements majeurs.

Quand le Japon avait retardé les Jeux l’an dernier, la pandémie l’avait à peine touché. Aujourd’hui, les taux d’infection sont modestes comparés à bien d’autres pays, mais en hausse inquiétante, et moins de 5 % de la population a reçu un premier vaccin. La grogne s’accumule.

Quelle solution ?

Évidemment, le Comité international olympique (CIO) continuera d’empocher des montants faramineux pour les droits de télédiffusion et les diffuseurs et commanditaires continueront d’y trouver leur compte. Il faudra quand même trouver une façon d’éviter que chaque pays hôte tombe dans le piège en engloutissant des milliards à perte pour soutenir ce « cartel ».

Pourquoi ne pas donner aux Jeux d’été un site permanent ? Ce pourrait être la Grèce, où la plupart des installations de 2004 qui sont à l’abandon pourraient encore être récupérées.

Les Jeux pourraient ainsi s’affranchir des jeux de coulisses aux forts relents de corruption qui accompagnent la sélection des villes hôtes, en plus du mégaphone politique que les Jeux donnent à certains régimes problématiques. Personne ne souhaite l’échec des Jeux de Tokyo, mais personne n’en serait étonné. Ce qui s’impose, c’est que cette catastrophe annoncée mène à de vrais changements.