/weekend
Navigation

Revivre après le deuil de son enfant

Marie-Pier Savaria
Photo courtoisie, Daniel Daigneault Marie-Pier Savaria

Coup d'oeil sur cet article

En jouant à retenir sa respiration sous l’eau dans la piscine d’un ami, Justin Lefebvre est décédé, à l’été 2017. Pour la famille et les proches, surmonter le deuil d’un enfant de huit ans a été une épreuve terrible. Marie-Pier Savaria, sa maman, raconte le deuil qu’elle a vécu et le chemin qu’elle a parcouru pour revivre, dans un récit poignant, Justin n’avait que 8 ans, écrit en collaboration avec le journaliste Daniel Daignault.  

Quatre ans après cette tragédie sans nom, Marie-Pier Savaria raconte comment elle a combattu les sentiments de culpabilité et d’injustice qui l’envahissaient, et où elle a puisé les ressources nécessaires pour aller de l’avant. 

Elle a fait preuve d’un grand courage pour raconter ses épreuves. « L’an passé, j’étais rendue là. Je me sentais prête. Je me suis lancée dans le livre de plein gré, mais rapidement, je me suis rendu compte que ça a brassé des émotions. Mais ça a ramené en même temps une tonne de beaux souvenirs. Ça a été très émouvant », confie-t-elle, en entrevue.

Comment une famille arrive-t-elle à surmonter un tel cauchemar ? « C’est la pire affaire. C’est contre nature et ça a tellement pas de sens... j’en parle dans le livre. Ça n’aurait pas raison d’arriver, des funérailles pour ton enfant de huit ans. C’est inconcevable. »

« Mais en même temps, je l’ai dit et je le répète : il n’y a pas de mode d’emploi. Nous, en l’espace de 24 heures, notre vie a été complètement chamboulée. On n’a pas été préparés à ça et il n’y a personne qui veut être préparé à ça, de toute façon. On est lancés là-dedans. »

Une cicatrice

Marie-Pier explique qu’au début, un instinct de survie apparaît. « Le fait qu’on a deux autres enfants, ça a été difficile, éprouvant. Il y a eu de gros moments de colère, d’incompréhension et pour ma part, beaucoup de culpabilité aussi au début. Même encore, c’est pas parfait. »

« Et c’est pas parce que j’ai écrit ce livre que ma vie est belle et que tout est réglé. Ça va faire partie de ma vie. C’est une cicatrice qui est là. Il y a des moments plus émouvants, des périodes moins pires, des périodes plus creuses. Mais je me ramène beaucoup à lui, qui était tellement plein de vie, en santé. »

Justin avait beaucoup d’énergie et d’enthousiasme tant pour le sport que pour l’école – il était du genre « go, go, go, maman » ! « Je me plaisais à croire qu’il me voyait d’en haut, et qu’il pouvait être fier de voir que je pouvais être capable de me lever le matin et cheminer dans tout ça. »

Aller chercher de l’aide

L’amour de la famille, la volonté de continuer d’avancer et que de belles choses se placent sur son chemin, malgré tout, l’ont aidée. « C’est long, c’est sinueux, c’est souffrant. Je disais à ma psychothérapeute qu’il y a des semaines où j’ai l’impression d’avancer de 100 pas, et d’autres où on dirait que je reculais de mille pas. Mais elle me disait qu’à travers ça, je cheminais quand même. »

« Au début, c’était vraiment un instant à la fois. Je me permets maintenant de dire que la vie peut être belle, malgré tout. Je suis bien fière de savoir, moi, tout le travail qui a été fait derrière ça. »

Elle a eu besoin d’aide et elle est allée en chercher. « C’est nous qui devons faire l’effort pour aller chercher de l’aide quand on sent qu’on en a besoin. Moi, c’est venu cinq à six mois plus tard. Quand on sent que dans notre quotidien, il y a des choses qui sont de plus en plus handicapantes, il ne faut pas se gêner pour aller chercher de l’aide. »   

EXTRAIT 

« Au début de l’année 2018, je commençais déjà à appréhender le mois de juin. Je voyais le temps filer ; il y aurait d’abord l’anniversaire de Justin, puis il y aurait un an que la journée fatidique était survenue.

Il était maintenant temps pour moi d’obtenir de nouveau de l’aide pour vivre mon deuil. Compte tenu de mon état d’esprit et des sentiments que je ressentais, il était clair que j’avais encore du travail à faire pour atteindre une certaine sérénité, pour vaincre mes peurs et l’anxiété. Il fallait aussi que je me débarrasse de cette propension à surprotéger mes enfants, qui était devenue un véritable problème et qu’il me fallait apprivoiser. »


 

  • Marie-Pier Savaria a mis sur pied la Fondation Justin Lefebvre.  
  • La Fondation Justin Lefebvre vient en aide aux familles dans le besoin et sensibilise le grand public au don d’organes chez les jeunes (fondationjustinlefebvre.com
  • Elle habite en Estrie. 
  • Daniel Daignault est journaliste, chroniqueur culturel et auteur de plusieurs livres. Il a travaillé en collaboration avec Marie-Pier Savaria pour signer ce récit.