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De petits dérapages aux gros dégâts

Irrécupérables
Photo courtoisie Irrécupérables
André Marois
Héliotrope Noir
252 pages
2021

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Les plus importantes découvertes policières ont parfois pour déclencheur un incident insignifiant. Ça peut même tourner en situation explosive, comme le prouve Irrécupérables.

Steve Mazenc, sergent-détective à Mandeville, dans Lanaudière, est exaspéré de trouver chaque matin, quasiment à sa porte, une canette vide de boisson énergisante. Il la ramasse, mais le lendemain, nouvelle canette, toujours au même endroit. Quel est donc l’énergumène qui se sert de son terrain comme poubelle ?

Mazenc est d’autant plus irritable que ça ne tourne pas rond au travail. Son jeune collègue Blondeau accumule les bons coups, alors de son côté rien ne débouche. Il espère donc qu’une semaine de vacances le remettra d’aplomb.

Une semaine qui lui permettra d’ailleurs d’avoir enfin le temps de tirer au clair lequel de ses voisins s’amuse au lancer de la canette. Mais surveiller les lieux et arpenter le voisinage ne donnent rien. 

Alors, puisqu’il est policier, pourquoi ne pas en profiter : faire vérifier les empreintes digitales sur l’objet. Pas qu’il ait tant d’attentes, mais sait-on jamais ?

Bingo ! Les empreintes sont dans le registre tenu par les services policiers. Mieux encore, elles appartiennent à un des hommes les plus recherchés du Québec : Richard Lenoir, soupçonné d’être l’auteur du « Massacre des innocents » survenu un an plus tôt à Godbout, sur la Côte-Nord. Une femme et ses deux enfants y ont été tués, et le conjoint, Lenoir, est depuis introuvable.

C’est l’occasion en or pour Mazenc de redorer son blason. Mais il se lancera seul, histoire de ne pas se faire voler l’enquête par un ambitieux comme Blondeau. Et puis, il peut bien occuper ses vacances à sa guise !

De là, les événements vont se bousculer : petits dérapages qui prennent des proportions majeures, revirements qui changent la donne, pièges dans lesquels le sergent-détective va involontairement s’enfermer. 

Et ça va se conclure dans une pétarade si impressionnante — des fusillades qui se multiplient autour de la résidence de Mazenc — que le drame prend quasiment un air jubilatoire, comme dans les films où ça se mitraille à qui mieux mieux.

Retour à Mandeville

Ainsi va donc le dernier roman d’André Marois, qui mène la charge avec vivacité et efficacité. Certes, on n’y trouve pas l’humour fin qui caractérisait Bienvenue à Meurtreville, le précédent roman qu’il a publié dans la collection « Noir » des éditions Héliotrope. Le ton d’Irrécupérables est plus grave. 

Mais les deux livres se rejoignent puisqu’ils se déroulent tous deux à Mandeville et qu’ils ont deux personnages en commun — Mazenc et le conseiller municipal Chevalet. Irrécupérables fait d’ailleurs souvent allusion au polar qui l’a précédé et ça fera sourire quiconque a lu les deux romans.

Héliotrope Noir entend tracer une carte du crime (fictionnel bien sûr !) ancrée dans le territoire québécois. À nouveau, Marois démontre à quel point il maîtrise la consigne, en réexploitant Mandeville, puis en nous transportant au quai de Godbout et dans les bois autour. On est bien prêts à le suivre !