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Gare à vos émotions boursières

0529 Émotions boursières. Adobe Stock Illustration
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Pour les investisseurs, la pêche s’annonce moins facile dans les mois à venir qu’elle ne l’a été durant la pandémie.

Je pense à tous ceux qui se sont ouvert un compte de courtage depuis le début de l’année. Que vont-ils faire maintenant que l’impulsion des grandes sociétés vedettes a perdu sa vigueur ?

Dépourvus souvent de stratégie, ces néophytes sont maintenant à la merci de leurs... émotions. 

Comme une personne avertie en vaut deux, j’ai demandé à Michel Villa, auteur du livre Pile et Face, Combiner raison et émotion pour réussir en Bourse, de nous rappeler les principaux biais émotifs et cognitifs qui pourraient nuire aux investisseurs, débutants comme expérimentés. Malgré la sophistication de nos machines, il se trouve toujours un humain au bout pour décider.

L’excès de confiance 

À la base, il faut une certaine assurance, ou de l’inconscience, pour négocier soi-même des actions. On doit croire un tant soit peu en sa capacité de battre le marché boursier, sinon on se contenterait des fonds indiciels. 

C’est toujours possible sur une courte période, et c’est par la suite que la confiance devient exagérée et nuisible. « Quand on sait qu’une minorité de gestionnaires professionnels arrivent à battre les grands indices à long terme, ça remet les choses en perspective », rappelle Michel Villa. 

L’excès de confiance amène l’investisseur à multiplier les transactions et les risques d’erreur. Puis à perdre des plumes.

L’aversion des pertes

La douleur provoquée par une perte est plus grande que le plaisir engendré par un gain. Voilà la chose en résumé. Comment cela se répercute-t-il sur les décisions d’investissement ? On cherche à éviter de vendre un actif à perte, ce qui nous amène à nous accrocher à des titres perdants.

Prenons l’action de Tesla, qui se négociait autour de 625 $US (environ 754 $CA) en milieu de séance hier, soit une baisse de quelque 29 % depuis le début de l’année. Si on se fie à son ratio cours/bénéfice actuel, elle reste encore nettement surévaluée, et la concurrence de Tesla s’organise. Mais celui qui l’a achetée en janvier à près 880 $US (environ 1062 $CA) ne voudra pas s’en départir avant qu’elle n’ait retrouvé le prix auquel il l’a acquise. 

Le titre du constructeur automobile peut remonter, mais si son prix devait être aligné avec les performances financières de l’entreprise, cela supposerait une baisse importante.

L’aversion des pertes fait en sorte que l’on conservera l’action de Tesla bien qu’elle poursuit sa descente, empirant du coup sa situation.

Le biais de confirmation

Si vous êtes actionnaire de Tesla, par exemple, vous avez probablement passé vite les paragraphes précédents, convaincu que le titre rebondira. Le biais de confirmation renvoie à cette tendance que nous avons à ne retenir que les informations qui confortent nos choix et nos idées.

Un thème des plus actuels qui va bien au-delà de l’investissement...

L’effet de dotation

On accorde généralement plus de valeur à quelque chose qu’on possède qu’à cette même chose si on ne la possédait pas. En investissement, cela nous fait passer à côté de belles occasions, car on ne reconnaît pas pleinement la valeur de titres qu’on ne détient pas (en surestimant ce qu’on détient en portefeuille). 

Le manque de contrôle de soi

Ce biais se manifeste lorsqu’on se montre incapable de résister à une prise de profit rapide en revendant trop vite un actif qui recèle encore du potentiel. 

Le regret

Il s’agit d’une posture mentale plutôt inconfortable qui nous paralyse de crainte de commettre une erreur. On hésite à saisir une bonne occasion, on ne vend pas alors qu’on sait qu’on devrait le faire.

L’effet Dunning-Kruger

Un dernier, pour boucler la boucle, car il s’apparente à l’excès de confiance. Très répandu dans le monde du travail, il s’applique aussi parfaitement à l’investissement. Ce biais amène l’investisseur incompétent à surestimer ses compétences (et le plus compétent, à sous-estimer ses compétences).

Il faut se balader sur les forums de boursicoteurs pour le voir en pleine action !