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Craintes d’attentats entre mafieux

Les policiers ont averti les leaders de clan Raynald Desjardins et Leonardo Rizzuto de se tenir sur leurs gardes

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Plusieurs leaders de la mafia montréalaise, dont Leonardo Rizzuto et Raynald Desjardins, viennent de se faire avertir par la police que leur vie est en danger alors que la tension monte dangereusement entre clans ennemis.

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De récents indices font craindre aux policiers qu’une reprise sanglante des hostilités se prépare après 18 mois d’accalmie au sein du crime organisé de souche italienne, a appris notre Bureau d’enquête, de diverses sources. 

Les forces de l’ordre ont notamment intercepté un garde du corps du caïd Desjardins en possession d’une liste manuscrite répertoriant plusieurs véhicules, modèles et plaques d’immatriculation dont certains correspondent à des mafieux liés au clan rival des Rizzuto (voir texte ci-contre).

Desjardins, autrefois un proche du défunt parrain Vito Rizzuto qui a tourné le dos à la faction sicilienne de la mafia, a lui-même été prévenu par la police à deux reprises, entre la mi-avril et la mi-mai, qu’il pourrait être la cible d’un attentat.

Selon nos informations, la résidence du Lavallois de 67 ans a fait l’objet de surveillance et a été prise en photo par un ou des individus louches qui furent remarqués par des voisins de Desjardins.

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin sur QUB radio: 

Libération écourtée

Le 1er avril dernier, notre Bureau d’enquête a rapporté que les autorités détenaient déjà des renseignements laissant présager que le retour de Desjardins, libéré du pénitencier deux semaines plus tard après avoir purgé les deux tiers d’une peine de 14 ans, déclenche une guerre à finir entre lui et ses rivaux.

Le clan sicilien et celui de Desjardins ont tous deux été décimés par des dizaines de règlements de compte depuis 2004 et il serait « très improbable » qu’ils puissent cohabiter paisiblement, d’après nos sources. 

Dans le milieu policier, on prévoit plutôt que les opposants chercheront à « faire un maître », une fois pour toutes.

Desjardins a toutefois été ramené derrière les barreaux jusqu’à nouvel ordre, le 20 mai dernier, pour avoir enfreint des conditions de sa libération conditionnelle. 

Sécurité accrue

La sécurité privée autour des deux leaders allégués du clan Rizzuto, soit Leonardo Rizzuto et Stefano Sollecito, aurait été renforcée depuis les derniers mois, selon nos informations.

Le fils de Vito Rizzuto, qui est avocat, a reçu la même mise en garde des policiers que Desjardins quant aux dangers potentiels qui le guettent. 

Il se ferait très discret, alternant ses séjours entre sa luxueuse demeure à Laval et une résidence secondaire à l’extérieur du grand Montréal. 

Stefano Sollecito a aussi été prévenu par des enquêteurs que sa vie est menacée. 

Son nom trônait au sommet de la liste découverte en possession d’un garde du corps de Desjardins, d’après nos sources.

Son père, Rocco Sollecito, fidèle allié des Rizzuto, a été tué par balles à Laval, en 2016, mais les autorités attribuent ce crime au clan calabrais des frères Salvatore et Andrea Scoppa, tous deux assassinés en 2019. 

Autres mises en garde

Pietro D’Adamo, un importateur de cocaïne du clan Rizzuto épinglé dans l’opération Colisée, a aussi été averti par les policiers alors qu’il se rendait visiter Stefano Sollecito.

Le chef de gang Gregory Woolley, un allié du clan Rizzuto, s’est lui aussi fait suggérer de se tenir sur ses gardes. 

Présentement en maison de transition après avoir été incarcéré durant cinq ans pour gangstérisme, il avait été inculpé en 2015 de complot pour faire tuer Raynald Desjardins avant d’être libéré de cette accusation.

Enfin, la police a servi le même avertissement à Vittorio Mirarchi, une étoile montante du clan calabrais de la mafia qui, comme Desjardins, fut trouvé coupable d’avoir comploté le meurtre de l’aspirant parrain Salvatore Montagna en 2011. 


Raynald Desjardins

Jocelyn Malette / Agence QMI
  • Homme d’affaires de 67 ans     
  • Autrefois très proche de Vito Rizzuto     
  • A purgé de longues peines pour importation de cocaïne et complot de meurtre            

Leonardo Rizzuto

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
  • Avocat de 51 ans     
  • Fils du défunt parrain Vito Rizzuto     
  • Acquitté de gangstérisme, de possession d’arme et de cocaïne en 2018-2019            

Stefano Sollecito

Photo d’archives, Martin Alari
  • 53 ans, fils du défunt mafioso Rocco Sollecito     
  • Il a joué pour 2,5 millions $ au Casino de Montréal en 2014-2015     
  • Acquitté de gangstérisme en 2018           

Une filature de trop pour Desjardins  

Même s’il est un habitué des filatures, Raynald Desjardins ne semblait pas se douter que les policiers surveilleraient étroitement ses déplacements lors de sa plus récente journée de liberté.

Le 20 mai, Desjardins s’est rendu au centre-ville de Montréal pour une raison gardée secrète, après avoir obtenu une permission spéciale du service correctionnel fédéral et de ses agents de libération conditionnelle. 

Des sources ont confirmé à notre Bureau d’enquête que ce renseignement est venu aux oreilles des policiers de Laval, la ville où demeure le caïd, et qu’une opération de filature a alors été mise en branle.

Des équipes de surveillance de la police lavalloise ont discrètement suivi Desjardins, qui était accompagné de sa conjointe, à bord du véhicule de celle-ci. 

Casier judiciaire

Les policiers à bord de voitures banalisées ont alors remarqué la présence d’un deuxième véhicule qui escortait le couple à proximité, tout au long du parcours. 

Vérification faite, ce véhicule était conduit par Jean-Charles Denommé, un individu qui était lui aussi en libération conditionnelle et n’avait pas le droit de se trouver en présence d’individus possédant un casier judiciaire. 

Les policiers avaient alors un motif pour l’intercepter.

C’est en appréhendant Denommé – qui avait purgé une peine à la suite d’une opération antidrogue menée en 2011 contre des trafiquants de la Rive-Sud liés aux Hells Angels – que les policiers ont trouvé, dans son portefeuille, une feuille de papier sur laquelle était écrite une liste de véhicules (marques, modèles, couleurs, numéro d’immatriculation) correspondant à ceux conduits par des ennemis de Raynald Desjardins. 

De retour à l’ombre

C’est également ce qui explique le retour du caïd derrière les barreaux, lui qui devait s’abstenir de côtoyer toute personne ayant des antécédents criminels. 

L’homme d’affaires de 67 ans, qui est également impliqué dans l’industrie de la construction, avait récemment déclaré à la Commission nationale des libérations conditionnelles du Canada qu’il s’était retiré du milieu criminel.

Desjardins disait se considérer comme « semi-retraité » et entendait « demeurer actif » dans un emploi dont la nature n’a pas été dévoilée. 

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