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Français des futurs profs: pauvres enfants...

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Pour devenir enseignant aux niveaux primaire et secondaire, il faut obligatoirement réussir un test de français à la fin de la formation.

Depuis des années, les taux d’échec à ces examens sont hallucinants.

Un excellent reportage paru dans La Presse confirme que plus ça change, plus c’est pareil.

Dans certaines facultés d’éducation, il y a à peine 30 % des candidats qui réussissent le test au premier essai. Certains s’y prennent à 15 reprises ! 

Ironisons : y a-t-il encore des questions qu’ils ne connaîtront pas d’avance à la 15e tentative ?

Imaginez la qualité du travail futur d’enseignants aussi faibles... et l’impact sur les enfants.

Poupées russes

Comme toujours, il s’en trouve pour critiquer l’examen et vouloir le simplifier encore, voire l’abolir.

C’est un réflexe fréquent chez nous. Si l’on échoue, le problème réside dans le test et non dans le testé. 

Récemment, Le Journal rapportait les doléances de candidates ayant échoué à plusieurs reprises à l’examen pour devenir infirmière auxiliaire

Même rengaine : test trop ceci, trop cela, comme s’il existait un « droit à la réussite ». 

Allez, hop, ayons du cœur ! Si la personne fait suffisamment pitié, donnons-lui ce qu’elle veut tellement !

Il arrive souvent qu’un problème en cache un autre, qui lui-même en cache un autre, qui lui-même..., etc.

Dans le cas des futurs enseignants, ces taux hallucinants d’échec révèlent la faiblesse de beaucoup de candidats, ce qui révèle la faiblesse des critères de sélection dans les facultés d’éducation.

Tout cela est archiconnu des spécialistes, mais il ne faut surtout pas le dire trop fort.

Ce serait « élitiste », ce serait « manquer de compassion », ce serait « tuer leur rêve », « le cœur compte plus que la conjugaison », et blablabla.

Au Québec, vous êtes le grand méchant loup si vous osez dire : « excuse-moi-mon-grand-c’est-parce-que-tu-n’es-juste-pas-assez-bon-trouve-toi-donc-un-autre-métier ».

Et ce problème qu’est la faiblesse des candidats et des critères de sélection dissimule à son tour, comme une poupée russe, un autre problème : la piètre qualité de la formation offerte dans beaucoup de facultés d’éducation.

Dans ces facultés, beaucoup de professeurs se cramponnent, par idéologie ou par refus d’admettre qu’ils se sont fourvoyés, à des idées contredites par la recherche sérieuse.

Dans Le Journal du 19 avril dernier, les professeurs Boyer et Bissonnette énuméraient quelques-uns des mythes qui produisent des résultats aussi lamentables :

« Qu’il n’était pas nécessaire d’enseigner systématiquement le décodage des lettres aux enfants pour leur apprendre à lire [...] ;

Que les meilleures pédagogies devaient amener les enfants à découvrir par eux-mêmes ce qu’ils doivent apprendre ;

Que l’usage des technologies en classe avait un fort effet positif sur les apprentissages ;

Qu’il n’était pas recommandé de passer des tests pédagogiques [...]. »

Tout cela est faux. Tout simplement.

Indifférence

Je parlais plus haut des problèmes qui en cachent d’autres.

Tout cela perdure aussi en raison de l’indifférence générale, indifférence qui repose à son tour sur le fait que beaucoup estiment qu’il n’est pas si grave de mal écrire. Bof, pourvu qu’on se comprenne...

Il est là, le plus pernicieux des problèmes.