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Benjamin Netanyahu, le «magicien» de la politique à court de tours?

Benjamin Netanyahu, le «magicien» de la politique à court de tours?
AFP

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JÉRUSALEM | Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël, adoré par les uns, abhorré par les autres, Benjamin Netanyahu, est passé maître dans l’art de la survie politique durant un règne dont la fin n’a toutefois jamais paru si proche.

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Politicien au style pugnace, jouant à fond le rôle de «défenseur» d’Israël face aux menaces de l’Iran et plus récemment de la COVID-19, le premier ministre sortant fait l’unanimité sur un point: sa faculté à louvoyer pour se maintenir au pouvoir, d’où son surnom de «magicien» de la politique.

Mais mercredi soir, ses adversaires ont finalisé un accord de coalition qui, s’il est approuvé par le Parlement, marquera la fin de son règne, débuté il y a 25 ans.

Voix rauque de ténor, cheveux argentés inamovibles, souvent vêtu d’un complet-cravate bleu sur chemise blanche, Benjamin Netanyahu, à ce jour seul premier ministre né après la création d’Israël, en 1948, est profondément marqué par l’héritage de la droite israélienne.

Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, il tient ce bagage idéologique musclé de son père, Benzion, ancien assistant personnel de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite «révisionniste», favorable au «Grand Israël».

Opposé au processus de paix israélo-palestinien d’Oslo, qu’il a contribué à enterrer, M. Netanyahu prône une vision d’Israël comme «État juif» avec des frontières s’étendant jusqu’à la Jordanie, d’où ses déclarations en faveur de l’annexion de pans de la Cisjordanie occupée et ses mesures ayant favorisé un boom des colonies dans les territoires palestiniens occupés.

«Image de force»

Au tournant des années 1970, le jeune Benjamin effectue son service militaire dans un commando d’élite.

Mais c’est surtout son frère aîné Yoni qui se fait remarquer dans les rangs de l’armée. Son décès, en 1976, pendant l’assaut israélien à Entebbe pour libérer les otages d’un vol Tel-Aviv/Paris, ébranle profondément Benjamin Netanyahu, qui fera de la «lutte contre le terrorisme» l’un des fils conducteurs de sa carrière.

Benjamin Netanyahu a «bâti son personnage politique autour d’une image de force et de l’idée selon laquelle les Juifs ne pouvaient se satisfaire d’une foi tiède et devaient se montrer aussi durs que la région dans laquelle ils vivent», écrit dans ses mémoires l’ex-président américain Barack Obama.

Et de se demander si Benjamin Netanyahu, qui a «hérité du zèle de son père à défendre Israël», a aussi «hérité de l’hostilité paternelle décomplexée envers les Arabes».

S’il maintient des propos durs à l’endroit du leadership palestinien, M. Netanyahu a défendu et œuvré à la normalisation avec des pays arabes (Émirats, Bahreïn, Soudan, Maroc).

Confiance en personne

Orateur né, pugnace, Benjamin Netanyahu est aussi diplomate de carrière. Il a été en poste aux États-Unis, où il a fait ses études, puis ambassadeur à l’ONU dans les années 1980.

De retour en Israël, il est élu sous la bannière du Likoud (droite), dont il devient l’étoile montante.

En 1996, à 47 ans, M. Netanyahu triomphe du doyen Shimon Peres et devient le plus jeune premier ministre de l’histoire d’Israël. Mais son règne est de courte durée: trois ans.

Il revient toutefois à la politique et reprend la tête du Likoud, jusqu’à redevenir premier ministre en 2009. Il multiplie les projets de construction dans les colonies israéliennes en Cisjordanie, jugées contraires au droit international, qui ont vu leur population s’accroître de 50% pendant la dernière décennie.

Si, élection après élection, une partie de l’électorat lui témoigne de sa confiance, lui ne semble l’accorder qu’à un cercle restreint de collaborateurs. Aujourd’hui, ses principaux rivaux de droite ont servi comme ministres sous ses mandats.

«Et je ne crois pas que ce soit une coïncidence. Il ne fait confiance à personne» et sa «valeur fondamentale» est d’assurer lui-même sa «survie, alors il utilise des gens, puis les écarte», souligne Colin Shindler, professeur à la School of Oriental and Asian Studies de Londres.

Mais il y a une chose qu’il pourrait avoir du mal à écarter: son procès pour corruption dans une série d’affaires qui sert aussi de glu pour réunir ses rivaux et ses anciens alliés devenus aujourd’hui ses adversaires.