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Fini les pourboires chez Larrys: se défaire de la culture discriminatoire des pourboires

Fini les pourboires chez Larrys: se défaire de la culture discriminatoire des pourboires
Photo courtoisie Larrys

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Dès le 7 juin, le café-resto-bar Larrys, situé dans le Mile-End, n’acceptera plus les pourboires pour ses serveurs, au profit d’une rémunération stable et plus équitable pour tous les travailleurs. 

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Les dirigeants affirment vouloir éviter que la rémunération d’un serveur dépende de facteurs indépendants de sa volonté, comme l’humeur des clients ou encore l’achalandage du restaurant, explique Keaton Ritchie, directeur général et sommelier du Larrys.

«Bien souvent, les clients savent déjà combien ils donneront de pourboire avant même de se rendre au restaurant. La qualité du service a donc très peu à voir avec la somme qui est versée au serveur», ajoute Sylvain Charlebois, professeur à l’Université Dalhousie de Halifax.

Et tout cela s’est fait avec l’accord – et l’enthousiasme! – des employés concernés. Les serveurs et serveuses du Larrys se réjouissent de pouvoir mieux prévoir leur budget grâce à un salaire stable et de bénéficier d'une rémunération plus équitable. Et ce, «même si cela signifie de perdre les légendaires samedis soirs, où certains finissaient leur shift avec 400-500$ en poche», indique M. Ritchie.

«On a des employés de service qui prennent leur travail très au sérieux et qui voyaient que leurs collègues en cuisine sont aussi travaillants, mais qu’il y avait tout de même un écart injuste de rémunération entre eux.»

Si les clients pourront constater une légère hausse du prix des plats, le Larrys assure que leur facture n’en sera pas plus lourde pour autant. 

Une culture discriminatoire  

Par cette initiative, l’établissement souhaite aussi dénoncer la culture discriminatoire du pourboire. 

«Rares sont les serveurs qui n’ont pas senti un rapport de pouvoir inconfortable ou qui n’ont pas subi de mauvais traitement de la part d’un client. Ce sont des choses dont on discute très peu dans le milieu. C’est un peu accepté qu’on doive tolérer certains comportements de la part des clients, que c’est ça le métier. On veut aussi essayer de changer cette mentalité-là progressivement», soutient M. Ritchie. 

Un phénomène qui a d’ailleurs été observé scientifiquement, soutient M. Charlebois. «Il y a des études qui démontrent qu’un client va juger de la performance d’un serveur en fonction de son apparence.» C’est donc dire que les préjugés basés sur la race, le sexe, l’âge et l’identité de genre sont des facteurs qui influencent la décision d’un client lorsque vient le temps d’attribuer un pourboire.

Or, les Canadiens sont bien peu enclins à délaisser cette pratique, affirme M. Charlebois. Les pourboires ne risquent donc pas de disparaître de sitôt, et ce, même si les restaurateurs manifestent de l'engouement pour l’initiative du Larrys.

«Plusieurs m’ont posé des questions sur l’aspect logistique de la chose. On verra ce que ça va donner», conclut Keaton Ritchie.

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